‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 32 sur 756 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les PbÉCÊDENTS ; SAINT-YVES, arrivant par le fond et en costume d'onde.

VARINVILLE, l'apercevant.

C'est lui; et où diable a-t-il pris cela? (Haut.) Mon cher oncle I

DESTAILLIS, étonné.

Votre oncle de Bordeaux?

VARINVILLE.

Oui , mon oncle de Bordeaux.

SAINT-YVES , vivemeut, et avec Tacceot gascon.

Moi-même, qui arrive comme le vent, pour assister à ton bonheur.

VARINVILLE.

Voici une partie de nos nouveaux parents.

SAINT-YVES, saluant.

Belle dame, voulez-vous permettre.

(il lui baise les mains.) VARINVILLE, monUant DestaUlis.

Et je VOUS présente mon oncle futur.

SAINT-YVES, k part.

L'oncle chambellan, qui fait de l'opposition.

(Haut.) Par malheur, je n'ai que peu d'instants à donner à cette aimable famille.

TOUS

Que voulez-vous dire ?

SAINT-YVES

Je me rends dans le sol natal , où tout un peuple d'électeurs m'attend avec impatience pour me proclamer.

DESTAILLIS.

Je fais d'avance mon compliment à llionorable député.

SAINT-YVES

Vous sentez bien que je suis au-dessus de cela. Si j'accepte , c'est uniquement pour servir les bons principes, pour protéger mes amis, ou placer mes parents, quels qu'ils soient.

CORINNE

Oh ! quelle bonne occasion pour mon mari, qui voudrait être replacé.

SAINT-YVES

Tout ce qui vous sera agréable, je le demanderai pour vous à k France.

DESTAILLIS.

Je n'ai adressé dans ma vie qu'une seule pétition à la chambre ; c'était au sujet des chiens de chasse , et de l'hupôt qu'on voulait établir sur eux.

SAINT-YVES

Pétition admirable dans ses principes , et bien digne de vous , mon cher. Je me rappelle parfaitement ; j'étais à la séance , et la chambre a eu l'honneur...

DESTAILLIS.

De passer à l'ordre du jour.

SAINT-YVES

Qu'importe? ce qui se défait une année, se refait la suivante. Je reproduis la pétition, je monte à la tribune, et je leur dis : Messieurs, s*il est un oubli de la législation actuelle , s'il est un reste déplorable de Tancienne féodalité, c'est dans les immunités et avantages dont jouit encore une caste privilégiée, c'est dans Texemption d'impôt dont on favorise les chiens , les chiens dits de chasse.

DESTAILLIS et VARINVILLE, à part.

Qu'est-ce qu'il dit donc là?

SAINT-YVES

Chez les Anglais, nos voisins, les chiens... (tirade sur l'Angleterre , et je rentre dans la ques^ tion) , chez les Danois eux-mêmes qui pourraient y paraître les plus intéressés (tirade sur les cours du Nord ; je traverse la Russie, je touche à la Turquie, et je rentre dans la question) , partout. Messieurs, le luxe est imposé dans l'intérêt des contribuables eux-mêmes; car cette adnûrable fable de l'ancienne Grèce , cette fable d'Actéon mis en pièces par sa meute en furie , est l'emblème

LA FAMILLE DU BARON

de €68 riches propriétaires dont les chiens de chasse déTorent la fortime...

yABINVILLE,b«.

Qn'est-ceqneta dis donc? Ce D*estpas Fonde diambellan ; an contraire c*est M. DesûiUis , Tandenmoosqnetaire!

SAINT-YYES , de même.

Il fallait donc le dire ; et moi qui ai donné à

gauche. ( Haut à DestailUt , qui depuis le commencement do dnconn t^eet assis avec impatience et finit par lui tourner

le dos tout à fait. ) Voilà cc quc diront nos antagonistes , se croyant sûrs de la victoire , et voici ce que nous leur répondrons, M. Destailils et moi, si toutefois Thonorable assemblée veut bien nous prêter un instant d'attention.

DESTAILLIS, étonné, se lerant.

Comment . Monsieur, ce que je viens d*entendre...

SAINT-YVES

Est le discours de nos adversaires.

DESTAILLIS.

Aussi je me disais : c'est tout le contraire de ma pétition; car je demandais, moi, dans le cas où llmpôt aurait lieu , que les chiens de chasse seulement en fussent exemptés , à cause de Texcellence de leur race.

SAINT-YVES

Je le sais bien : nous pensons tous deux de même ; et maintenant que nous connaissons les moyens de ceux qui ont parlé contre , je vais parler pour et les pulvériser.

DESTAILLIS, se tournant Ters lui arec complaisance.

A la bonne heure , au moins...

( Corinne et Destaillis s'asseyent. ) SAINT-YVES.

Messieurs...

VABINVILLB , I part.

D va dire encore quelque bêtise. (Haut.) Messieurs!

SAINT-YVES , se tournant Ters loi.

Point dlnterruption ; j'ai écouté en silence... je réclame la même faveur.

TOUS

C'est trop juste.

VABINVILLE.

Je voulais le prévenir seulement...

DESTAILLIS , se levant.

Lâisseï parier l'orateur , et écoutez.

Oui, écoutez...

SAINT-YVES

Messieurs, l'honorable membre auquel je succède , et dont je me plais à reconnaître les talents et l'éloquence , veut proscrire le luxe et l'anéantir. Je hii répondrai par un axiome d'un publiciste, qu'à coup sûr il ne récusera pas : Le superflu ,

chose très-nécessaire , fait la fortune des états, et l'agrément des particuliers.

DESTAILLIS.

Très-bien, très-bien.

SAINT-YVES

D'ailleurs, Messieurs, laissons de côté les phrases déclamatoires; qui veut la fin, veut les moyens. Vous aimez tous les perdreaux , et moi aussi je les aime; j'en fais l'aveu à cette tribune; et notre adversaire lui-même n'est peut-être pas fâché de les voir apparaître aux jours de fête sur sa table libérale et splendide. Eh bien! Messieurs, qui les y amènera, sinon ces habiles pourvoyeurs, ces intelligents quadrupèdes, que dans votre ingratitude vous voulez proscrire ? Les proscrire ! eux, le plus touchant emblème de la fidélité (ici une tirade sur la fidélité) , eux , les ennemis du despotisme (ici une tirade sur le despotisme) ; car vous savez, comme moi, quels sont ceux qui, jadis, ont fait justice de l'infâme Jezabel, cette usurpatrice , dont ils n'ont fait qu'tm déjeuner ; et pour flétrir leur noble caractère , on vous a parlé d'Actéon, qui fut déchiré par sa meute rebelle. Mais, Messieurs, on a oublié de vous dire que dans ce fatal événement, leur fidélité avait été ébranlée par des agents soudoyés, par les artifices de Diane , par les principes révolutionnaires qui les avaient égarés ; ces principes révolutionnaires (tirade sur la révolution ) , sans compter que les ornements mis au front de leur maître avaient dû le rendre méconnaissable, tant il est vrai qu'on doit prendre garde à ce qu'on met à la tête des gouvernements (tirade sur les ministres) , et je conclus. Messieurs, en votant contre l'impôt l

DESTAILLIS , se leranU

Sublime, admirable I

OSCAR

Une vigueur de raisonnement..

VARINVILLE.

Et un chou d'expressions...

CORINNE , se lerant.

C'est-à-dhre qu'on n'a jamais rien entendu de pareil

Air : Àh! c'est affreux, ah ! eett abominable (de Jonas).

TOUS

Quels Joara heureux nous passerons ensemble, Si ses parents sont tous ainsi que lui.

SAINT-YVES

Vous Jugerei combien je leur ressemble ; Dans un moment vous les verrei ici.

OSCAR

Dieux ! je me sauve.

CORINNE

£h! vite, à ma toilette

DESTAILLIS.

Je vais chercher, moi , pour leur faire honneur, El ma perruque, et mon habit noisette.

ŒUVRES COBIPLBTBg DB SCRIBE.

SAINT-YVES, I part, et regardant ion habit. Oui... s'il le trouve, il aura du bonheur.

TOUS

Quels jours heureux nous passerons ensemble î Devos parents vous nous voj ez ravis.

Si chacun d'eux à celui-ci ressemble, CeUe alliance aura bien plus de prix.

(Deslaillis, Oscar et Corinue sortent. Saiot-Yvet donne la main à Corinne, et la reconduit jusqu'à U porte du fond.)

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