LE PRINCE, GIANETTA
LE PRINCE , après un moment de silence.
Eh bon Dieu I qu'est-ce que cela signifie , eldc quoi dois-lu donc me parler ?
GIANETTA, timidement.
Ne le devini'z-vous pas. Monseigneur? Ce mariage auquel vous avez coni-enii hier, et que tous refusez aujourd'hui.
LE PRINCE
C'est vrai , hier , cela m'était égal... mais, je le l'ai dit ce matin , depuis que ta vue a rappelé eu moi des souvenirs...
GIANETTA
Une femme que vous avez à peine vue, que vous ne re verrez jamais.
LE PRINCE
Et c'est ce qui me désole. Sans cela , je ne (îi3 pas. Mais, en attendant, j'aime à retrouver ces pensées , ces illusions qui m'occupaient ï>rès
LE SOPRANO
d'elle. J'aime surtout à me rappeler ce jour où pressant sur mes lèvres sa main qu'elle m'avait abaodomiée...
GIANETTA , vivement
Que vous aviez prise , Monseigneur.
LE PRINCE , étonné.
0 ciel ! qui vous a dit?... je n'ai pourtant confié à personne...
GIANETTA , embarrassée.
Eh mais! qui voulez-vous qui m'en ait instruit, si ce n'est elle-même?
LE PRINCE
EDe !... vous l'avez donc vue ?... vous la connaissez dolic?
GIANETTA, hésiUnt
Puisqu'il n'est plus possible de vous cacher la vériié, puisqu'il faut avouer... eh bien I Monseigneur, celte ressemblance qui vous a tant frappé, ne vous a- 1- elle pas appris ?...
LE PBINGE, vivement GIANETTA.
Que c'était ma sœur.
LE PRINCE
Ta sœur !... il serait vrai !.,. oui , oui, j'aurais àH le deviner , et je m'étonne maintenant d'avoir ailribué au hasard... ( Avec joie. ) Ta sœur!... ah I (iianino ! que je suis heureux de pouvon- enfin parler d'elle ! Dis-moi quel est son sort ? quand la verrai-je? qu'est -elle devenue?... sait-elle yic, depuis notre séparation , je n'ai pas cessé de penser à elle , que je ne puis Toublier ?
GIANETTA
nie faut cependant.
LE PRINCE
L'oublier!... moi?...
GIANETTA
Cest elle qui vous en supplie, pour son repos, pour sa tranquillité. Quel espoir pouvez - vous encore conserver?... songez qu'elle est mariée à un homme qu'elle aime , qu'elle chérit.
LE PRINCE
Oh ! pour cela , c'est ce qui te trompe , elle ne I iwnepas; je l'ai vu aisément danslepeu d'instants W j'ai passés près d'elle.
GIANETTA, vivement.
Si, Monsieur, son mari mérite son estime, son affecUon.
LE PRINCE , d'union de reproche.
Ah! Gianiiio ! c'est mal; tu es plus pour ton beau-frère que pour moi.
CIAAETTA, involonUirement
Oh 1 non, je vous jure.
LE PRINCE, à dcmi.voi».
Eh bien I alors, dis-moi où elle est.
GIANETTA
Je ne le puis , elle me l'a défendu.
LE PRINCE, trèftt>rcMant
Je t'en conjure , je te le demande 5 genoux ; si tu as quelque affection pour moi. Je ne veux rien qui puisse l'affliger, lui déplaire; mais quand eUe saura combien je l'aime, combien j'ai souffert loin d'eUe, il est impossible qu'elle me reftise quelque pitié.
GIANETTA
Monseigneur...
LE PRINCE
S'a faut renoncer à eUe, si elle me l'ordonne , eh bien ! j'y souscrirai ; mais an moins, que je l'entende , que je la vo«e...
GIANETTA
Eh quoi ! pour la revoir un seul instant ?...
LE PRINCE
Je donnerais ma fortune , ma vie.. .
GIANETTA
Nous n'en demandons pas tant. Consentez à ce que votre oncle souhaite, signez ce contrat, et je vous promets que vous la reverrez,
LE PRINCE
Je la reverrai ? tu me le promets.
GIANETTA
Je vous le jure.
LE PRINCE
Et bientôt ?
GIANETTA
Dès demain.
LE PBINCE , vivem^U
Donne-moi ce contrat.
(11 le prend «t court tivenoitiUtible.) GIANETTA.
11 serait vrai ?
LE PlÛKCB.
Air du Matelot ( de Madame Duchambge).
Oui, ce mol seul m'a donné du courage, El tu le vois , je signe aveuglenicnl ; En d'autres nœuds pour jamais ife m'engage. Mais songe bien à tenir ton serment.
Que je la voie, et pour moi tout s'oublie. Que je la voie!... et dis bien à ta sœur, Que mon espoir, ma liberté, ma vie, J'ai tout donné pour on Jour de bonheur.
GIANETTA , essuyant une larme.
Elle le saura , Monseigneur.
LE PniNCE, la voyant essuyer une larme.
Eh mais! comme tu es ému!... qu'as-tu donc?
GIANETTA , se remettanu
Rien, je pensais a ma sœur! oui, vous méritez son amitié , la mienne ; elle doit être touchée d'un amour si noble, si généreux ; et vous en serez récompensé. (Lui tendant la main, ) VoUS la Verrez
dès aujourd'hui.
LE PRINCE, transporté, AajOUrd^hoi 1 . . • (Lui «autant au cou et TembratsanU )
Ah ! mon ami , mon cher ami !
GIANETTà , ae débatUnt.
Eh bien ! Monseigneur...
GUIMBARDLM, an fond.
Oh ! qaelle dissonnance !
LE PRINCE, enchanté.
Je n'ai plus rien à désirer,
( Gianetta sort. )