‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 327 sur 756 · LE PRINCE, GIANETTA · texte numérisé non relu

LE PRINCE, GIANETTA

LE PRINCE , après un moment de silence.

Eh bon Dieu I qu'est-ce que cela signifie , eldc quoi dois-lu donc me parler ?

GIANETTA, timidement.

Ne le devini'z-vous pas. Monseigneur? Ce mariage auquel vous avez coni-enii hier, et que tous refusez aujourd'hui.

LE PRINCE

C'est vrai , hier , cela m'était égal... mais, je le l'ai dit ce matin , depuis que ta vue a rappelé eu moi des souvenirs...

GIANETTA

Une femme que vous avez à peine vue, que vous ne re verrez jamais.

LE PRINCE

Et c'est ce qui me désole. Sans cela , je ne (îi3 pas. Mais, en attendant, j'aime à retrouver ces pensées , ces illusions qui m'occupaient ï>rès

LE SOPRANO

d'elle. J'aime surtout à me rappeler ce jour où pressant sur mes lèvres sa main qu'elle m'avait abaodomiée...

GIANETTA , vivement

Que vous aviez prise , Monseigneur.

LE PRINCE , étonné.

0 ciel ! qui vous a dit?... je n'ai pourtant confié à personne...

GIANETTA , embarrassée.

Eh mais! qui voulez-vous qui m'en ait instruit, si ce n'est elle-même?

LE PRINCE

EDe !... vous l'avez donc vue ?... vous la connaissez dolic?

GIANETTA, hésiUnt

Puisqu'il n'est plus possible de vous cacher la vériié, puisqu'il faut avouer... eh bien I Monseigneur, celte ressemblance qui vous a tant frappé, ne vous a- 1- elle pas appris ?...

LE PBINGE, vivement GIANETTA.

Que c'était ma sœur.

LE PRINCE

Ta sœur !... il serait vrai !.,. oui , oui, j'aurais àH le deviner , et je m'étonne maintenant d'avoir ailribué au hasard... ( Avec joie. ) Ta sœur!... ah I (iianino ! que je suis heureux de pouvon- enfin parler d'elle ! Dis-moi quel est son sort ? quand la verrai-je? qu'est -elle devenue?... sait-elle yic, depuis notre séparation , je n'ai pas cessé de penser à elle , que je ne puis Toublier ?

GIANETTA

nie faut cependant.

LE PRINCE

L'oublier!... moi?...

GIANETTA

Cest elle qui vous en supplie, pour son repos, pour sa tranquillité. Quel espoir pouvez - vous encore conserver?... songez qu'elle est mariée à un homme qu'elle aime , qu'elle chérit.

LE PRINCE

Oh ! pour cela , c'est ce qui te trompe , elle ne I iwnepas; je l'ai vu aisément danslepeu d'instants W j'ai passés près d'elle.

GIANETTA, vivement.

Si, Monsieur, son mari mérite son estime, son affecUon.

LE PRINCE , d'union de reproche.

Ah! Gianiiio ! c'est mal; tu es plus pour ton beau-frère que pour moi.

CIAAETTA, involonUirement

Oh 1 non, je vous jure.

LE PRINCE, à dcmi.voi».

Eh bien I alors, dis-moi où elle est.

GIANETTA

Je ne le puis , elle me l'a défendu.

LE PRINCE, trèftt>rcMant

Je t'en conjure , je te le demande 5 genoux ; si tu as quelque affection pour moi. Je ne veux rien qui puisse l'affliger, lui déplaire; mais quand eUe saura combien je l'aime, combien j'ai souffert loin d'eUe, il est impossible qu'elle me reftise quelque pitié.

GIANETTA

Monseigneur...

LE PRINCE

S'a faut renoncer à eUe, si elle me l'ordonne , eh bien ! j'y souscrirai ; mais an moins, que je l'entende , que je la vo«e...

GIANETTA

Eh quoi ! pour la revoir un seul instant ?...

LE PRINCE

Je donnerais ma fortune , ma vie.. .

GIANETTA

Nous n'en demandons pas tant. Consentez à ce que votre oncle souhaite, signez ce contrat, et je vous promets que vous la reverrez,

LE PRINCE

Je la reverrai ? tu me le promets.

GIANETTA

Je vous le jure.

LE PRINCE

Et bientôt ?

GIANETTA

Dès demain.

LE PBINCE , vivem^U

Donne-moi ce contrat.

(11 le prend «t court tivenoitiUtible.) GIANETTA.

11 serait vrai ?

LE PlÛKCB.

Air du Matelot ( de Madame Duchambge).

Oui, ce mol seul m'a donné du courage, El tu le vois , je signe aveuglenicnl ; En d'autres nœuds pour jamais ife m'engage. Mais songe bien à tenir ton serment.

Que je la voie, et pour moi tout s'oublie. Que je la voie!... et dis bien à ta sœur, Que mon espoir, ma liberté, ma vie, J'ai tout donné pour on Jour de bonheur.

GIANETTA , essuyant une larme.

Elle le saura , Monseigneur.

LE PniNCE, la voyant essuyer une larme.

Eh mais! comme tu es ému!... qu'as-tu donc?

GIANETTA , se remettanu

Rien, je pensais a ma sœur! oui, vous méritez son amitié , la mienne ; elle doit être touchée d'un amour si noble, si généreux ; et vous en serez récompensé. (Lui tendant la main, ) VoUS la Verrez

dès aujourd'hui.

LE PRINCE, transporté, AajOUrd^hoi 1 . . • (Lui «autant au cou et TembratsanU )

Ah ! mon ami , mon cher ami !

GIANETTà , ae débatUnt.

Eh bien ! Monseigneur...

GUIMBARDLM, an fond.

Oh ! qaelle dissonnance !

LE PRINCE, enchanté.

Je n'ai plus rien à désirer,

( Gianetta sort. )

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