SCÈNE VIII
FRÉDÉRIC, SGRIMAZZI, GRÉGORIO.
(Grégorio tort du cabioet de M. Dorsioi; il «alue de nouveau Sgrimaui; il va pour sortir par le fond. Sgrimaui Tarréte.)
SGRIMAZZI.
Pardon , je désirerais avoir Thonneur de causer un instant avec vous.
GRÉGOBIO.
Je suis à vos ordres.
SGRIMAZZI.
Vous me voyez fort inquiet de savoir le motif de votre visite à M. Dorsini.
GRÉGORIO
Simple affaire de politesse. Il va se marier, et comme d'un jour à Tautre , dans sa nouvelle position sociale , il peut avoir besoin de moi et des miens...
Comment?
GRÉGORIO
Oui • en pareil cas , on est exposé à se vou* Tobjet de quelques mauvaises plaisanteries ; on peut même rencontrer des rivaux.
SGRIMAZU.
C'est vrai.
FRÉDÊBIC.
Ceki s'est vu.
GRÉGORIO
Je suis venu tout bonnement lui faire mes offres de service. 11 les a refusées , en me disant qu'en pareil cas il faisait ses affaires lui-môme.
FRÉDÉRIC
Ah ! je Ten félicite , j'avais besoin d'apprendre qu'on avait refusé vos services , pour voir M. Dorini avec plaisir.
GRÉGORIO
Hein! qu'est-ce que vous dites. Monsieur ?
FRÊDÉniC.
Sans le connaître , je l'estime déjà.
SGRIMAZZI , bai à Frédéric.
Taisez-vous donc; vous allez vous faire une méchante affaire.
Que m'importe !
SGHIMAZZI, IGrégorio.
Monsieur est étranger, il est Français, il ignore tout à fait nos usages.
FRÉDÉRIC
Je m'en vante.
GRÉGORIO , riant avec dédain.
Je comprends. Monsieur est de ce pays où, quand on a reçu une insulte, on se fait tuer pour se venger... c'est admirable ! Je ne connais, quant à moi , rien de plus absurde et de plus féroce que le duel.
FRÉDÉRIC
Monsieur...
GRÉGORIO
A Florence, Monsieur, où l'honneur consiste à ne pas laisser une offense impunie, on a soin que la punition n'atteigne que l'offenseur, et pour cela, il n'y a que notre profession, supplément obligé à l'insuffisance des lois, chevalerie errante du dix-neuvième siècle; et l'institut, j'ose le dire , le plus moral , le plus utile et le plus philanthropique.
FRÉDÉRIC , passant entre Sgrimaui et Grégorio.
Monsieur le chevalier errant...
GRÉGORIO
Monsieur le Français. . .
SGRIMAZZI , bas à Frédéric.
Mais taisez-vous donc , au nom du ciel !
GRÉGORIO
Je vous écoute.
FRÉDÉRIC
Avez-vous une femme ?
GRÉGORIO
Je dois épouser, celte semaine, une personne pieuse, qui est la vertu même.
FRÉDÉRIC
Eh bien 1 Monsieur le marié , quand vous serez marié... et pourvu que votre femme soit jolie, ce que je vous demande avant tout, je me ferai un point d'honneur de...
GRÉGORIO , regardant la chaîne d'or que Frédéric porte à son cou.
Ah! mon Dieu!
FRÉDÉRIC
Qu'avez-vous donc ?
GRÉGORIO
Oserais-je vous demander à mon tour d'où vient cette chaîne ?
FRÉDÉRIC
D'une dame qui m'honore de quelque affection, et qui a daigné me la sacrifier.
GRÉGORIO
C'est impossible ; un amulette que je lui avais donné !
FRÉDÉRIC, rianU
Quoi! la signera Gamilla est votre fatare?
GRÉGORIO , avec colère.
Corpo di Bacco!
FRÉDÉRIC
Ce prétendu dont elle me parlait, cet homme d'épée!... Enchanté de la rencontre.
SGRIMAZZI.
Allons , pas moyen de le retenir... où vas-tu, malheureux jeune homme ?
FBÉDÉRIC.
Moi, qui cherchais une occasion de vous faire exercer votre bravoure; la voilà toute trouvée, et pour votre compte.
GRÉGORIO
Monsieur, je vous ai dit ce que je pensais sur le duel; et si je n'étais retenu par mes principes, et surtout par les devoirs de ma profession... mais je travaille pour les autres, et jamais pour
FRÉDÉRIC, à Sfçrimam.
Juste comme vous , mon cher ami.
SGRIMAZZI.
Bien obligé.
GRÉGORIO
Mais si jamais un de ceux qui daignent m'employer m'adressait à vous, ce qui arrivera, je l'espère, je vous prouverai. Monsieur, et avec on rare plaisir, que Je suis digne de la conCance dont on m'honore.
FRÉDÉRIC
Il en pâlit de rage.
Air de la Petite Coqttette ( d'ÀM. de Beauplan ). Quoi! cet amant jaloux,
Monsieur, c'était toos?
Pour moi quelle gloire !
Voyons I de ma victoire
Me punirei-vous ?
Quand nous battrons-nous ?
GRÉGORIO
Vengeance? je le jure!
Par vous je fus trop outragé.
FRÉDÉRIC
Grâce à votre future , Moi d'avance je suis vengé.
ENSEMBLE
Allons, en flnirez-vous?
Craignei son courroux.
De cette victoire Pourquoi vous Taire gloire?
Mais, mon cher ami, quand vous lairez-vous?
FRÉDÉRIC
Quoi! cet amani jaloux.
Monsieur, c'était Vous?
Pour moi quelle gloire !
Voyons ! de ma victoire
Me punircz-vous?
Quand nous batlfons-nous?
GRÉGORIO
Craignez mon courroux !
De celte victoire C'est trop vous faire gloire; Oui , malheur à vous !
Craignez mon courroux.
(Ufort.)
FRÉDÉRIC
Ah ! ah ! vit-on jamais un plus effironté et on plus lâche coquin !
SGRIMAZZI.
Silence... voici M. Dorsini.