SCENE XVI
Les Pbégédbnts, DELPHINE. '
DELPHINE , à put.
Les voilà... à présent je suis au fait de mon rôle, et bien aguerrie contre ses reproches et sa colère.
MADAME DE TBENEUIL.
Tq viens de danser, Delphine?
DELPHINE
Oui, ma sœur.
MADAME DE TBENEUIL.
Et avec qui , ma chère enfant?
DELPHINE
Mais...
MADAME DE TBENEUIL.
Tu hésites... tu te caches de moi , ta meilleure amie.
DELPHINE, à part.
Ah! si elle y met cette douceur-là.
MADAME DE TBENEUIL.
Eh bien! réponds.
ANTÉNOB.
Ah ! mon Dieu ! Mademoiselle , pourquoi ne pas le nommer ? on sait bien que c'est lui , M. de Presle ; il ne vous quitte plus , il est toi^ours là.
MADAME DE TBENEUIL.
Anténor!...
ANTÉNOB, M leranV
Oui , Madame, oui , je vous ai promis de me taire ; aussi , je ne dirai rien , ça ne me regarde pas : qu'il propose à mademoiselle de l'enlever, qu'elle y consente, ça m*est bien égal; quand on n'aime plus les personnes...
MADAME DE TBENEUIL.
n se pourrait! tu aurais eu la faiblesse?...
Eh bien ! oui , c'est vrai , j'ai tort ; mais tant qu'il me parlera , qu'il me pressera, je ne pourrai pas lui résister : c'est plus fort que moi , tous les raisonnemenis n'y pourraient rien. ( Affectaat d» pleurer.) Ça uc Servirait qu'à me faire pleurer davantage.
(Elle cherche des yeux son mouchoir, qu'elle a laissé sur le guéridon : Anténor le saisit avec empressement et le lui présente.)
ANTÉNOB.
Le voilà. Mademoiselle, (a part.) Ten aurais plus besoin qu'elle.
MADAME DE TBENEUIL.
Malheureuse enfant ! mais comment a-t-îl pris cet empire sur toi?
DELPHINE , arec intention.
Eh ! le moyen de ne pas être sensible à son hommage : n'est-il pas brave , aimable , spirituel?
( En ce moment Anténor passe à la droite de madame de
Treneuil.)
MADAME DE TBENEUIL.
Je ne dis pas non ; mais...
DELPHINE
Je ne vous parle pas de son rang et de sa fortune ; mais n'a-t-il pas un mérite éclatant , l'estime et les suffrages de tout le monde ?
MADAME DE TBENEUIL.
Je ne dis pas non , mais...
OeUVMS COMPLÈTES DE SCRIBE.
ANTÉNOB , bat à madtme de TreneuU.
Mais pourquoi eo conveuir?
DELPHINE
Vous avouez donc , avec moi , que jamais per^ sonne n*a été plus digne d'être aimé , n'est-cô pas , ma sœur ?
Air : Qtie d'établiuemenit nouveaux.
El voir un amant sans déraat.
Qui devant vous pleure, soupire, El ne demande qu'un seul mol Afin d'apaiser son martyre...
Dites-moi donc par quel moyen Refuser sans être inhumaine...
Ce mot qui fera tant de bien , Et qui coûte si peu de peine?
Damé ! il m*aime tant
MADAME DE TRENEUIL.
Eh ! c'est là que je t'arrête ; s'il t'avait trompée ?
DELPHINE
Oh I non, ma sœur.
S'il ne t'épousait que par dépit ?.*. s'il en aûnaitune autre?...
DELPHINE
Lui ! je ne le croirai jamais.
ANTÊNOR.
Quel aveuglement I
MADAME DE TRENEUIL.
Si on te le prouvait?
DELPHINE
Ce n'est pas possible.
MADAME DE TRENEUIL.
Si , moi qui te parle , je n'avais qd'ilti mot i dire pour le détacher de toi , pour Tamener à mek pieds?
DELPHINE
Vous, ma sœur? Ahl je voudrais bien voir cela.
MADAME DE TRENEUIL.
Eh bien 1 tu le verras, pour un moment seule* ment, etpour te préserver du danger que ta cours*
ANTÊNOn.
Ouit Madame , c'est un devoir«..
DiSLPttlNËi
Oh! je ne crains rien, et je vous en déûéi.i
Ah I tu m'en déGes... c'est bien malgré moi que j'aurai recours à la ruse, à la tromperie; mais ton intérêt le veut... Le voici... Je suis d*une co-* 1ère... TOUS allez voir. Mademoiselle.
ANTÉNOR
Oui, Mademoiselle, vous allez voir.
DELPHINE^ à part.
Je ne puis pas le prévenir ; mala n'importe ^ une fois qu'il l'aura prise au mot...