SCÈNE V
REYNOLDS , aeul.
Que je l'admire encore , et tout à mon aise ; mettons-nous là , sur cette table, (u itmeà d«Tant
u tabla , et pose la Bible qo*a ouvre avec précautka.)
C'est agréable d'avoir un bibliophile dans sa famille ; c^est on avantage de plus que le docteur et moi n'avions pas compté dans tous ceux qu^offire
le mariage, (jetant lea yeux Bor le cahier que H. de Wurtxboorg a jeté à U leconde scène sur U table.) Tietts!
qu'est-ce que je vois là ! un cahier de mon écriture! un écrit de moi id ! Prodigieux! (Lisant.) a Des inconvénients du mariage. » (u ut tout ba»
et s'interrompt.) £St-il pOSSible !... (il Ut eticore.)
VoUà une foule d'arguments que j'avais totalement oubliés , et qui me semblent d'une force... (Lisant.) « Si cc qu'il y a de plus difficile au » monde est de trouver le bonheur pour soi, à » plus forte raison quand il faut le chercher pour » deux, pour trois, pour quatre... et indéfini- » ment... car, qui sait le nombre d'enfants dont » on est menacé en mariage ?... Qui peut le pré- » voir?... » Ce n'est pas moi assurément ; il n'y a rien à répondre à cela. (Lisant.) «Art^, » homme de lettres , savant, ta vie t'appartenait: » elle ne f appartiendra plus ; en perdant ton m- » dépendance , tu perdras ton talent ; il sera ab- » sorbe , étouffé , anéanti par les détails et les » tracas du ménage... et comment écouter lln- » spiration du génie , quand la voix d'une femme » en colère , quand les cris de vos enfants ao » berceau vous poursuivent jusque dans le silence » du cabinet... ?» C'est , ma foi , vrai , et je n'y avais jamais pensé, (u se lève avec agitaUon.) Des enfants I... cela doit crier, depuis leur naissance , depuis le berceau; et quand ils sont malades,
quand ils font des dents. .. (Se promenant vivement.)
Effroyable ! effroyable à imaginer I et cette idéelà seule me donne mal à la tête. (Pai^oorant le cahier. « La coquetterie , les assemblées , les bals. Tu » mèneras ta femme au bal , ou tu passeras ponr » un mauvais mari. » C'est vrai. « Et si tu l'y con- » duis, tu ne dormiras pas. » C'est vraL « Et si » tu la fais conduire par d'autres , tu dormiras » encore moins , la jalousie troublera ton som- » meil... » C'est vrai , très- vrai. Le mariage est donc une insomnie, un cauchemar perpétuel !... et moi qui ne me marie que pour finir mon grand ouvrage ! Travaillez donc quand on n'a pas dormi !
(il jette le cahier sur le guéridon à droite.) Qud bon-
heur qu'il soit encore temps ! Car enfin, si je n'avais retrouvé ce papier-là que le lendemain de mes noces ^ jugez de ce qui serait arrivé...
LE SAVANT