‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 398 sur 756 · HANTZ, REYNOLDS · texte numérisé non relu

HANTZ, REYNOLDS

HAIf TZ f entrant mjstérieuiement.

Ab 1 moD maître I mon cher maître ! vous Yoilà. Je Tondrais bien vous parler.

BBYNOLDS.

CTest facile.

HANTZ

Je le sais bien , mais le difficile , c'est qne vous m'écontiei... et cependant il y va de votre bonheur.

BBYNOLDS.

Qu'est-ce que c'est?

HANTZ

Vous m*avez appris ce matin votre mariage , et Je n'ai rien dit , parce qu'avec vous , il n*y a pas moyeu... mais cette nouvelle-là m'a donné pour Yous le frisson , depuis les pieds jusqu'à la tête.

ABYNOLDS.

Et pourquoi?

HANTZ

Je me disais : Monsieur, qui ne pense à rien , ne pensera jamais qu'il est marié.

REYNOLDS

Je ne pense à rien!...

HANTZ

Non, Monsieur, car ce matin encore, au moment on nous descendions l'escalier, vous êtes remonté pour prendre votre Tacite.

BEYNOLDS.

Oui;jerailà, dans ma poche.

HANTZ

Non , Monsieur, il est là dans la mienne. Mais TOUS , c'est votre pantoufle que vous avez ramassée à la place , et emportée par mégarde.

BEYNOLDS , U regardant «Tec étonnement.

C'est singulier 1

HANTZ

Et je vous prie même de me hi rendre , parce que ça me dépareille...

BEYNOLDS.

Tiens, mon garçon, voilà tout ce que j'ai de pantoufles sur moi.

Jugez d'après cela seul si vingt fois par jom* vous n'oublierez pas votre femme, et elle de son côté , n'aurait pas non plus grand' peine à vous oublier. •• d'après surtout ce que je viens d'entendre.

BEYNOLDS.

Et qn'as-tu entendu?

HANTZ

J'étais dans le jardin , caché par une treille , lorsque deux personnes sont venues s'asseoir de l'autre côté, et j'ai reconnu la voix de ce jeune

homme qui voulait ce matin louer votre appartement

REYNOLDS

M. Frédéric Stop , le fils du professeur.

HANTZ

11 causait avec la maltresse de la maison , madame de Wurtzbourg , et il était question de vous. Il, paraît que cette femme*là vous en veut , et ne peut pas vous souflnr.

BEYNOLDS.

Après*..

HANTZ

Et l'officier disait en vous apostrophant :

Air : CespoititUmi iont d'une maladreat. n Puisque (u tiens à former cette chaîne, M Maudit savant, par moi tu trouveras,

» Auprès de ta nouvelle Hélène, M Le sort heureux d'un nouveau... Ménélas. » Qu'est qu'ça veut dir'! je ne le comprends pas.

BEYNOLDS.

Moi , je comprends.

HANTZ

Tremblez; car, je le gage, On vous prépare encor quelques échecs : Cest du nouveau.

BEYNOLDS.

Du tout; ancien usage Renouvelé des Grecs.

Et tu dis donc qu'il a l'air bien amoureux?

HANTZ

Oui, Monsieur.

BEYNOLDS.

Pauvre jeune homme I et tu dis que la tante ne veut pas de moi pour son neveu, et qu'elle me déteste?

HANTZ

Oui, Monsieur.

BEYNOLDS.

Pauvre femme !

HANTZ

Et qu'est-ce que vous dites à cela ?

BEYNOLDS, iroideiDeot.

Rien.

( Il va t^SMeoir devant U table et écrit. )

Gomment! est-ce que vous allez vous remettre à travailler, après ce que je viens de vous apprendre?

BEYNOLDS.

Non , j'écris à la tante que je ne veux pas faire leur malheur à tous, et que je renonce au mariage.

HANTZ

Ah ! que c'est bien à vous !... ( voyant que BeyooklB écrit ooe autre feuille. ) Et qu'CSt-CC qUC VOUS écriveZ

encore là?... Excusez^ c'est que j'ai toujours peur de quelque distraction.

BETN0LD8.

Au jeune officier... à M. Stop... pour loi dire que je renonce en sa fayeur à tous mes droits.

HANTZ

Quelle générosité 1

REYNOLDS , écri? ant toujoon.

Je n*y ai pas de mérite; car c*est maintenant dans mon intérêt et dans mes principes. Hantz, as-tu été marié?

HANTX.

Oui , Monsieur , il y a bien longtemps ; da temps que j'étais bedeau et suisse à Cologne, et j'étais bien malbeureux.

EEYNOLDS, écrivant toi^oun.

Ta femme avait donc un amant?

HANTZ

Non, Monsieur... elle en avait deux.

BEYNOLDS , laÎMaut tomber sa plume.

C'est étonnant ! (cherchant aon cahier et se rappelant qu^il Ta jeté sur le guéridon ; il le montre à Hants» en lui disant. ) DonUC-moi ce cahier. ( HanU le lui apporte.)

C'est un nouvel argument que je te devrai , et que je veux y inscrire. Mais auparavant porte cette lettre à madame de Wurtzbourg, et l'autre à M. Frédéric Stop.

HANTZ

Soyez tranquille, je n'y manquerai pas, et ils l'auront dans un instant.

(U fait quelques pae vers la porte. ) BEYNOLDS , qui est prêt à écrire sur son cahier.

Tuas dit deux?

HANTZ , s'arrètant et revenant auprès de Reynolds.

Oui , Monsieur, le loueur de chaises et le sonneur de cloches.

Le sonneur...

HANTZ

Tout le monde vous le dira ; cela a fait assez de bruit dans la ville. Je vais porter vos deux lettres.

(u sort.)

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