SCÈNE VII
HÉLÈNE , REYNOLDS à la table.
HÉLÈNE } entrant avec crainte par la porte I gauche. Air : de la Galope (de madame Malibrao). Que mon cœur est ému !
Pour voir ce prétendu « L'on me cherche, on m'appelle.
Et J'ai fui JusquMci ; Car d'avance pour lui Je ressens une haine mortelle.
REYNOLDS
Maintenant, il le faut, Quittons-les au plus tôt...
HÉLÈNE
Pour calmer ma frayeur cl ma peine ,
Jen*ai pasan ami.
Pas un seul , aujourd'hui.
REYNOLDS , se levant et voyant Hélène.
Ah , grands dieui! qu'ai-je vu? c'est Hélène!
EHSEMBU.
HÉLÈNE
Quoi ! c'est vous que Je vois prés de moi, dans ces lieux?
Quel bonheur, mon cher maître!
C'est vous que J'appelais et qu'imploraient mes ? cbui, £l soudain Je vous veis apparaître.
REYNOLDS
0 hasard étonnant! c'est elle, dAQS pes lieui.
Que Je vois apparaître !
Et du trouble soudain que J'éprouve à ses yeux » Je ne puis encore être le maître.
HÉLÈNE
Qui se serait attendu à vous trouver ici , dans cette campagne ?••• et que vous lûtes bien d*arriver pour me défendre, me protéger! Ims^eirvoui qu^on veut me foire épouser un homme trè8^riche« que je déteste! que J'abhorrai
REYNOLDS, avee intérêt.
Et qui donc?
HÉLÈNE
Le comte de Franfceinsten.
REYNOLDS, stupëEiit.
Est-il possible I... est-ce que c'est vous, Hélène, qui êtes la nièce de M. de WoftzbouivP
HÉLÈNE
Hélas! oui.
REYNOLDS, la regardant «ree émotion.
Je n'en puis revenir encore. (Tnatenent.) Et vous détestez ce pauvre comte, sans le connaître?
HÉLÈNE
Certainement
REYNOLDS
Et quand vous le connaltrei ?
Ce sera bien pire encore.
REYNOLDS
Et pourquoi?
HÉLÈNE
Parce que Je ne veux ni de son titre ni de n fortune. Je ne veux pas me marier, car je me suis promis de suivre vos conseils, de n'avoir pis d'antre opinion que la vôtre ; et comme je la connais maintenant, comme je Tai lue dans ce cahier...
(Montrant le eahier qui est spr la taUe.) REYNOLDS.
Ah! VOUS avez lu?...
HÉLÈNE
Oui , Monsieur; et puisque vous êtes c^osé au mariage...
REYNOLDS
Certainement, je le suis; mais il se peut que des gens de mérite soient d*un avis contraire, car
LE SAVANT
sur ce cbapitre-ià , voyez-vous, on peat dire : oui et non,
Vous avez dit : non ; c'est écrit, et j*aurais bien mauvaise idée de vous, si vous cliangiez du soir au matin.
BEYNOLDS.
Le del m*en préserve ! mais pour vous filtre ma confidence. Je vous avouerai , Hélène, que je suis moi-même dans un grand embarras... car on veut aussi me marier.
HÉLÂlffi.
Ab ! par exemple , j'espèrç qa^ vous refiiserez aussi.
BEYNOLDS.
Il n'y a qu*an instant , j*y étais décidé,
HÉLÈNE
A la bonne beure... c'est bien,,, il faut du caractère.
REYNOLDS
Et maintenant que la réflesdon me vient, il me semble qu'il en est du mariage comme de toutes les choses d'ici-bas , qui ont toutes leur bon et leur mauvais côté ; de sorte que celui qui en dit du mal n'a pas tort , et celui qui en dit du bien a raison.
HÉLÈNE, avec dépit.
£t VOUS , Monsieur, qu'est-ce que vous dites ?
REYNOLDS
Je dis que ce peut être la source de tous les biens, comme de tous les maux; et qu'alors il s'agit seulement de bien choisir.
HÉLÈNE
Et comment?
REYNOLDS
En cherchant quelqu'un dont le caractère convienne à nos bonnes qualités, et surtout à nos défauts; car nos défauts sont une partie essentielle de nous-mêmes, dont nous ne voulons pas nous séparer même en ménage ; et vous qui connaissez les miens, voyons, Hélène, qu*est-ce que vous me conseillez?
HÉLÈNE
De rester comme vous êtes.
REYNOLDS, soupirant.
Je m'en doutais.
HÉLÈNE
Oui, Monsieur, vous êtes trop difficile à marier ; il vous faudrait une feinme exprès.
REYNOLDS , soupirant.
Cest ce que Je me disais.
HÉLÈNE
Une femme douce et bonne, et pas très-jolie, cela ne servirait à rien.
Am : Voi marii en PtUe$tine.
Pas d'esprit , c'est inuUle ; C9f V9U« en «vcx pour dcui ;
Mais pourtant assez habile
Pour éloigner de vos yeux Du ménage les soins fâcheux.
D'une femme ayant la tendresse ,
Et d'un homme l'amitié , Que tout son temps soit employé A vous faire oublier sans cesse
Que vous êtes marié.
REYNOLDS
C'est vrai ; voilà justement ce qu'il me faut.
HÉLÈNE
Il tuai encore que , sans vous suivre dans les hautes régions de la science , elle puisse cependant s'intéresser à vos études; prendre part à vos succès, s'enorgueillir de votre gloire.. . (se.rapprochantda.ioi.) Et puii, parler avec vous de votre grand ouvrage.
REYNOLDS
C'est cela , c'est bien cela.
HÉLÈNE
Une femme enfin qui , connaissant la bonté de votre cœur, ne s'offensât point des singularités de vos manières, et consentît à être, après l'étude , ce que vous aimeriez le mieux.
REYNOLDS, rirement.
Non , non ; elle avant tout, avant tout au monde. Oui, voilà la femme qu'il me faudrait; et vous croyez , Hélène , que je ne pourrai jamais en rencontrer une pareille ?
DÉLÈNE.
Je ne sais.
Vous n'en connaissez pas ?
HÉLÈNE , baJMant L» yeux.
Une peut-être... {vivameat.) Mais c'est impossible, il ne faut pas y penser.
REYNOLDS
Et pourquoi donc?
HÉLÈNE
Parce qu'on la destine à ce comte de Franl^cinsten que je ne puis soulTrir.
REYNOLDS, traivpoclé.
Est-il possible ! ab ! je suis trop heureux I et s^rès un tel aveu, apprenez, ma cl)ère Hélène...
(Dans ce moment , Frédéric , entrant brusquement , le Jette dans les bras de Reynolds et Tembrasse.)