‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 444 sur 756 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

NELVILLE, pui. CLICQUOT, en

de NELVILLE.

A merveille 1... et maintenant que j'ai éloigné de lui le danger, ne songeons qu'au bonheur de le voir.

CLICQUOT , un bougeoir à la main.

Je viens de l'enfermer dans ma cave , c'est plus sûr; ça le sépare de ma fille, et d'id à ce que l'autre l'emmène , ne disons rien ; car voilà une bonne leçon pour ne plus parler, et on me demanderait maintenant l'heure qu'il est , que je répondrais : « L'heure qu'il vous plaira. •

( Il pote le bougeoir sur la table. ) NELVILLE, Tenant à lui.

C'est VOUS, maître Clicquot?je suis enchanté dé vous voir. Vous qui connaissez tout le monde, dites-moi donc s'il n'y a pas ici dans le pays un jeune homme nommé Jérôme Gaillardet.

CLICQUOT

C'est possible... (a part.) Où veut-il en venir?

NELVILLE.

El savez-vous où il demeure... où il est dans ce moment-ci?

CLICQUOT

Où il est?.M (A p«ru) Et lui aussi qu| veut me

LA GRANDE AVENTURE

faire jaser ; Je Ten défie bien... ( Haut. ) Où il est , Monsieur? Ça ne me regarde pasi... et je ne veux plus me mêler désarmais que de ce qui me regarde.

NELYILLE.

Qu'est-ce que cela signifie? et pourquoi cet air de mystère? il y en a donc?

CLICQUOT

Comme tous voudrez ; mais Je me suis promis de ne plus rien dire maintenant, et je ne dirai rien.

NELVILLE.

Tu sais donc quelque chose?

CLICQUOT

Moi, Monsieur?

NELVILLE.

Tu veux en vain dissimuler, tu sais tout !••.

CLICQUOT

Ce n*est pas vrai!

NELVILLE.

Tu sais tout, et tu parleras, ou tu ne sortiras pas vivant de mes mains!

CLICQUOT

Et lui aussi !... et qu'est-ce que vous voulez que Je vous dise ?

NELVILLE.

La vérité tout entière.

Et laquelle ?

NELVILLE.

OÙ est ce GaOlardet ?... où est-il ?

CUCQUOT.

Enfermé dans ma cave.

NELVILLE.

Tu vois bien, et tu disais que tu ne savais rien; ta ne m'échapperas pas, et si ce jeune homme sort dMci, s'il lui arrive le moindre mal, c'est à t<H que je m'en prends.

CLICQUOT

Et de quel droit, s'il vous plaît?

NELVILLE.

Je t'en aitropdit pour ne pas achever ; ce jeune homme appartient à une famille puissante, à des parents immensément riches, qui l'aiment, qui l'adorent, qui ne négligeront rien pour assurer son bonheur.

CLICQUOT

O ciel! serait-il vrai!... et si ces parents, dont VOUS me parlez, ces parents immensément riches savaient qu'il est amoureux, éperdument amoureux?...

NELVILLE.

Que dis-tu là ?

CLICQUOT

Et qu'il n'y a pas de bonheur pour lui, sans pne jeupe fille qu'il ^dore, et qu'il ne peut quHiçr ?

Achève.

CLICQUOT

Jeune fille vertueuse , parents respectables et sans un sou de rente. Croyez-vous que sa noble Camille consentirait à cette alliance disproportionnée ?

NELVILLE, vireinenu

Eh! plût au del!... qu'il soit heureux, voilà tout ce qu'on demande.

CLICQUOT, lui sautâot an COQ.

Ah ! Monsieur, disposez de moi maintenant , Je n'en sais pas davantage , mais je dirai tout ce que vous voudrez.

NELVILLE.

Mène-moi vers hii, c'esttoutcequejedemande.

CLICQUOT

A l'instant même, le temps d'allumer ce bougeoir ; car, pour y voir clair dans cette cave, et dans le mystère qui nous environne... et puis.... j'oubliais... je ne sais pas où j'ai la tête; ce paquet que vous attendiez ce matin vient d'être apporté par un homme qui attend en bas la réponse.

( U lui donne le paquet qu^il tire de sa poche. ) NELVILLE.

Eh ! donne donc... G'estl'écrituredeRaymond, de ce vieux serviteur à qui Amélie avait confié notre secret, lorsque moi-même , proscrit, obligé de fuir... (Lisant.) « RassuTCz-vous , Monsieur, » cet enfant dont vous n'avez pu voir la naissance, » et dont vous ignorez même le sexe , a été par » moi soustrait à tous les regards et ne court au- » cun danger ; suivez l'homme qui vous remettra » ce bUlet , il vous conduira à deux pas d'ici , près ■ de moi et dans les bras de votre fille... »

Ma fille!... il serait possible! ah! quel bonheur!... courons, courons à l'instant même!...

( Il t^élance vers la porte du fond et disparaît. )

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