‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 447 sur 756 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

Les PaécÉDBNTS , SUBAEGONDL

NELVILLE , I part , le regardant.

Ah ! mon Dieu ! quel air triste I...

SUBREGONDI, à part, à Nehille.

Mon cher ami I... je suis bien malheureux.

NELVILLE.

Comment cela?

SUBREGONDI.

Je vais me rembarquer sans pouvoir me venger sur personne; décidément ma femme n'était pas coupable.

>iELVlLLE.

Vraiment?

SOBUBâO^Dl.

J'ai interrogé moi-même avec adresse mte malheureuse femme de chambre qui, troublée par mes questions , a perdu la tête , et a fini par m'avouer franchement que c'était elle-mêmfe...

NELVILLE, haut.

Quoi!... elle en est convenue? (A part, avec joie.) Je respire l

SUBIEGONDI.

Elle est convenue de tout ; et cet enfant sur qui j'avais des doutes...

NELVILLE.

Ce Jérôme Gaillardet?

SVBRE60NDI.

Lui appartient, j'en suis sûr ! elle l'aura âevé près d'elle dans le pays, à l'insu de tout le monde et de son mari.é.

NELVILLE.

C'estévidentl... (Apart.) Iln'aplusdesoupçons, c'est tout ce que je voulais!...

CLICQUOT, bai à Gaillardet.

Comme il te regarde ! il paraît que l'autre lui a ûdt un rapport , et voilà le moment de te jeter dans ses bras.

GAILLABDET.

Les bras de qui?...

CLICQUOT, A demi-Toiz.

On te le dira... r*avance-toL (Haut à sabregondi, en «^approchant de lui.) Voici Ic jcuue Jérôme Gaillardet , que vous désires connaître. (Bat à Gau-

lardet.) AvaUCC tOUJOUrS.

SUBBEGONDI.

Ah! ahl... c'est lui?... Il n'est pas mal, ce jeune homme... une physionomie heureuse et spirituelle.

CLICQUOT, Apart

Comme on reconnaît Tamour paternel! l'autre qui lui trouvait un air béte I...

SUBaEGONDI.

Et vous ne savez pas de qui il est né?...

CLICQUOT

Non , Monsieur.

SUBREGONDI, le regardant.

Pauvre homme !...

CLICQUOT, avecfineiie.

Mais , monsieur s'en doute , peut-être...

SUBREGONDI.

C'est possible I... je ne dis pas non, et si je peux faire quelque chose pour lui...

CLICQUOT

Cela vous est facile. . . ( a GaiUardet et A LouiM. ) Ne

dites rien , et laissez-moi arranger cela , avec de Tentraînement et de la chaleur... ( a Subregondi. ) D'abord , il est amoureux... ( a GaUUrdet qui fait un geste.) Il faut toujours qu'on le sache.

SUBREGONDI.

Amoureux!... vraiment!

Une passion que rien ne pourra éteindre i et H voudrait être sûr , avant tout, que vous ne vous opposerez point à son bonheur.

SUBREGONDI.

Moi, m'y opposer 1 m'en préserve le ciel !•.. et pourquoi donc?

GLIGQUOT.

C'est que VOUS m'a?ez dit à moi-même qae vous ▼ouliez remmener avec tous , remmener bien loin d*ici.

SUBBEGONDI.

Rassnre-toi 1... j'ai changé d'idée !... Le bateau à ?apeurva partir et Gaillardet rester icL

CLICQUOT

A la bonne heure , car celle qu'il aime est en ces lieux ; elle est née en nos climats : simple , naïve, ingénue, riche des seuls trésors de l'innocence, elle pouvait craindre que la pauvreté fftt un obstacle... à vos yeux.

SUBBEGONDI, arec impatience.

A mes yeux, à moi I Êtes-vous fou L.. Qu'estce que cela me fait?

GLIGQUOT.

Gela ne vous fait rien , vous consentez... Mes enfants, Gaillardet.. (Le repouaMot.) Non, pastoi, ma fille d'abord... tombez à ses pieds !...

SUBBEGONDI.

Eh! pourquoi donc ?

GLIGQUOT.

C'est ma fille qu'il aimel... qu'il adore, et que je lui ai promise pour femme.

SUBBEGONDI.

Pour femme!... y penses-tu? malheureux!... lui, Gaillardet, l'époux de ta fille! et madame Clicquot y consent?

GLIGQUOT.

n s'agit bien d'elle !... je ne lui en ai seulement pas parlé , et dès que cela nous convient..

SUBBEGONDI.

Mais ce mariage-là est impossible ; monsieur te le dh*a comme moi.

NELVILLB.

Ah ! mon Dieu !

SUBBEGONDI.

Il ne peut pas avoir lieu; et nous ne pouvons pas le laisser terminer dans l'intérêt de la morale.

GLIGQUOT, arec véhémeoce.

Dites plutôt dans l'intérêt de l'orgueil , des préjugés. Oh ! inégalité du rang et de la naissance... Oh!...

SUBBEGONDI.

Mais, te tairas-tu, maudit bavard?.... il ne s'agit pas ici de phrases. ( GUcquot veut toujou» paiw

1er; Sobregoodi lui ferre la main, et lui dit k demi^oix : )

Éloigne ces jeunes gens de quelques pas; car je ne puis pas devant eux...

GLIGQUOT, à Gaillardet.

Éloigne-toi encore.

GAILLABDET.

]Ha'i^ jç ne fois que cela...

( Il l'éloigM âf M |«ouiM. )

GLIGQUOT , revenant prêt de Sobregondi et de Nelville.

Et mamtenant qu'ils ne peuvent nous entendre, parlez , je veux savoh*... j'ai besoin de savoir...

SUBBEGONDI.

C'est malgré moi , au moins... et pour empêcher un malheur, im grand malheur... ( a NeiviUe. ) N'est-il pas vrai? (AGUcqaot.) Apprends donc, et monsieur le sait aussi bien que moi, que cette union serait criminelle.

GLIGQUOT, étonné.

Bah! et en quoi?

SUBBEGONDI.

Incestueuse.

GLIGQUOT.

Hein?

SUBBEGONDI.

Gaillardet est le frère de ta fille.

GLIGQUOT.

Le fils de ma femme?

SUBBEGONDI.

Oui, mon ami.

GLIGQUOT.

Et moi , je serais...

SUBBEGONDI.

Oui, mon ami.

GLIGQUOT.

C'est impossible...

SUBBEGONDI.

Je vais te le prouver : quand elle était à Florence , femme de chambre...

GLIGQUOT.

A Florence?

SUBBEGONDI.

Pendant un an au service de ma femme.

GLIGQUOT.

Ce n'est pas vrai ; elle n'a servi votre femne que pendant deux mois, en France, et elle n'a jamais été à Florence , je l'atteste.

SUBBEGONDI.

En es-tu bien sûr?... ceserait donc moi alors...

NELVILLB , arec effroi.

Ah! mon Dieu!...

GLIGQUOT.

J'entends ma femme , nous allons voir.

SUBBEGONDI.

Je vais l'interroger encore.

GLIGQUOT.

Du tout, c'est moi que cela regarde.

NELVILLB.

Vous sentez bien que devant vous elle n'avouera

GLIGQUOT.

Aussi, soyez tranquille , je n'irai pas lui dire: Est-il vrai , ma chère amie, que vous avez... Diea merci, j'ai un peu plus d'habitude que ça, et je m> prendrai avec «dresse.

LA GRANDE AVENTURE

NELVILLE , I part.

Voilà la peur qui me preud... Si cependant elle se rappelle ce que je lui al dit...

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