‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 468 sur 756 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CLARISSE, ARMAND. Madame DERMILLY,

ABMAND , entrant par la porte do fond, et boitant an peu.

C'est inconcevable! j'en perdrai la tête! il y a de la magie, et c'est une histoire...

GLAEISSE.

Quoi donc?

ARMAND

Tétais chez le jardinier, dans son petit grenier, à décrocher une échelle.

TOUTES DEUX

Une échelle I... et pourquoi?

ARMAND

Rien , pour m'échauffer... lorsque de sa croisée qui donne sur le parc , j'aperçois une robe blanche.une femme blanche, unenymphe aérienne... une sylphide... je m'élance par la fenêtre...

0 de! ! ymgt-cinq pieds de haut.

ARMAND

n y avait un treillage ; mais en sautant à terre , sur la neige, mon pied glisse , rien... une légère douleur, qui n'avait pas d'autre inconvénient que de ralentir un peu ma course. 11 est vrai que j'aurais couru deux fois plus vite , que je n'aurais pu atteindre cette nouvelle Atalante qui , en souhere de satin noir, effleurait à peine les blanches allées du parc A chaque instant , je la voyais près de moi paraître ou disparaître à travers les massifs dégarnis de feuilles. Son teint animé par la course, ses cheveux blonds, cette figure tfange pleine de gaieté et de malice , surtout dans le moment où , patatras, j'ai rencontré ce ttt de neige...

MADAME DERMILLY

Que tu n^avais pas aperçu...

ARMAND

Non , je la regardais I et jamais je n'ai rien vu déplus ravissant! Il n'y apas de nymphe liucharis, de Diane chasseresse , capable , à ce point-là , de vous faire tourner la tête...

CLARISSE, piquée.

Monsieur!...

ARMAND

Je dis comme objet d'art!... je parle en artiste...

AiB : Ah! H madame me voyait

Tel et non moins infortuné,

Le dieu du jour, dans son irresse, Conrah jadis après une maîtresse Qui s'enfunit ©n riant à son né...

Telle el plus beiu, «ncore que Daphnô, Disparaissait ma nytaphe enchanteresi !

El moi boileux, je repréî»cnuis bien

La justice qui court sans cesse...

El qui n'attrape jamais rien.

Quand je dis rien , au contraire, car au détour

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d'une allée , autre incident, je tombe dans les bras...

MADAME DERMILLY

De qui?...

ARMAND

D'un grand jeune homme, habillé de noir; c'était Carlille...

CLARISSE

Edgard...

ARMAND

Qui me saute au cou , ce qui m'était bien égal ; ce n'est pas lui que j'aurais voulu... (se reprenant vivement.) C'est-à-dire si... ça m'a fait grand plaisir de l'embrasser, de le revoir, avec sa grande figure étonnée, et son crêpe au chapeau... Chemin faisant, il m'a raconté comment son frère aîné était mort du choléra et de deux médecins anglais...

CLARISSE

Son frère?...

Eh ! mon Dieu , oui ! le voilà duc et pair d'Angleterre , je ne sais combien de mille livres sterling, et un des plus beaux noms des trois royaumes. Ce qui m'a le plus surpris , c'est son air discret et malin qui semble jurer avec sa longue physionomie britannique. Il m'a avoué, en baissant les yeux et la voix , qu'il venait ici avec des intentions... (a madame Dermiiiy.) Qu'estce que cela veut dire ?... est-ce que son arrivée se lierait avec Tapparition mystérieuse de la belle mconnueP...

MADAME DERMILLY, souriant.

Maisl... c'est possible! et je ne dis pas non!...

ARMAND

Comment cela? vous sauriez donc...

MADAME DERMILLY, paiMnt au milieu d'eux, et les rapprochant d'elle.

Oui , mes enfants , ce n'est pas avec vous que je veux avoir des secrets, et je vais tout vous confier... Depuis longtemps j'avais des projets , des idées de mariage, entre lord Carlille, qui n'avait alors qu'un beau nom , et une jeune personne extrêmement riche que je protège...

ARMAND

La jeune inconnue!...

MADAME DERMILLY

Précisément!...

ARMAND

Ah ! c'est un bon parti !... et elle est à marier !...

Oui , mon ami !... Un instant, je l'avoue , j'ai cru mes projets renversés , car milord , se rappelant une ancienne amitié d'enfance qui Punissait à Clarisse, voulait absolument l'épouser...

ABM/L1IB« ftTecjoie.

Quoi! vraimeot!... il voujait...

UASAUE PBRIIILLY.

Rassure-toi ! tu sens bien que Clarissa a refusé avec une noblesse , une dâicatesse, dont je suis téiQoii» ; elle t'aime... elle n'aime que toL.^ sans cela...

ABMAND, tristement.

C'est juste ! et je suis bien sensible à ce qu'elle a fait pour moi...

MADAME DEBMILLY.

€e qui se trouve d'autant mieux , que rien ne SE*oppose plus maintenant à l'exécution de mon premier plan ; et puisqu'il est riche , duc et pair, ce qui ne gâte rien...

CLARISSE, à part.

Gomme c'est délicat !...

MADAME DERMILLT.

Je veux dès aujourd'hui les présenter Tun à l'autre , ce sera la première entrevue , car nous avons à dtner et milord et ma protégée.

CLARISSE, à part.

Je ne connais pas de femme plus intrigante que jna belle-mère.

MADAME DERMILLY , les examinant avec intention.

Et maintenant, mes amis, que je vous ai tout dit, j'espère que vous me seconderez... que vous m'aiderez chacun de votre côté... à faire réussir ce mariage.

( Armand ?a s^asseoir près de la porte à gauche ; Clarisse s^éloigoe vers la droite. ) (A part.)

Gela les a émus tous deux... ( Haut. ) Je vais recevoir mUord, et lui remettre de votre part cette lettre si généreuse...

CLARISSE , faisant on geste pour la retenir.

Madame...

MADAME DERMILLY, rerenant.

Quoil... qu'y a-t-il?... auriez-vous quelque chose à médire?...

Ain de Tiireiiiie.

Me voilà prête à tous entendre.

CLARISSE

J^... non, Bfadame... Ah ! c'est trop de bontés... (Regardant la lettre.) Ah! si j'avais pu la reprendre !

MADAME DERMILLY , I part.

Gomme ils paraissent agités !

ARMAND , avec émotion.

Eh quoi ! ma mère , vous parlez !

(Clarisse s'assied.)

MADAME DERMILLY

Pour la soirée il faut que je m'apprête... Adieu...

( Les regardant. ) Voilà, si j'en puis bien juger.

Deux amoureux qu'à présent, sans danger, Je puis laisser i-n léle-A-UHe.

( Elle suri par la druilu. )

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