‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 472 sur 756 · SCÈNE XL ARMAND , puis Madame DëRMILLY · texte numérisé non relu

SCÈNE XL ARMAND , puis Madame DëRMILLY

ARMAND

Quelle grâce î.^. quelle candeur!... quelle naïveté!... voilà la femme qu'il me fallait; et ou la desdne à un autre!... Voilà les grands parents !... on nous sacrifie tous deux... oui, tous deux... car me voilà engagé à Clarisse... engagé avec une femme qu'il m'est impossible d'aimer, surtout mainteuaut , et comment y renoncer?... comment rompre , sans me préparer d'éternels reproches, sans me déshonorer à jamais?...

( A madame Dermiily qui entre. ) Ah ! ma mère , VOUS

Yoilà ; venez , de grâce, venez à mon secours...

MADAME DEAMILLY.

Eh ! mon Dieu !.^ qu'y a-t-il donc?...

ARMAND , cherchant à se remettre.

Ce qu'il y a!... rien... je ne sais... Qu'allais-je lui dire?... Je voulais vous demander, que fait Clarisse ? où est-elle ?...

MADAME DERMlLLY.

Au salon avec lord Carlille , à qui j'avais un billet à remettre ; mais j'ai pensé, et Clarisse a été sur-le-champ de mon avis, qu'il élait plus convenable qu'elle lui expliquât elle-même de vive voix les motifs de son refus. J'ai donc déchiré la lettre, et je les al laissés ensemble ; mais , si tu le veux , je vais la chercher...

ARMAND

îvon, ma mère... non... j'ai bien d'autres choses à vous dire... j'ai vu Mathilde, ma cousine...

MADAME DERMlLLY.

Quoi! tu saurais?...

AUMANO.

Je sais tout , et c'est d'elle seule que je veux

vous parler, car moi, c*est fini* il ne fout plus y penser, j'ai promis...

MADAME DERMlLLY.

Promesse bien douce à temr, quand on aime... quand on est aimé ! et après ce que Garisse a fait pour toi...

ARMAND

Eh oui! voilà le malheur!... et par honneur, par délicatesse, il n'y a plus à reculer, il faut subir son sort. Eh bien donc , puisque rien ne peut m'y soustraire, puisque vous le voulez, je le ferai , ce mariage que je déteste, que j'abhorre...

MADAME DERMlLLY.

Que dis-tu?

Hais je vous en préviens, je serai éternellement malheureux; personne ne le saura, pas même elle; je me conduirai en honnête homme, en galant homme, en bon mari. Par exemple, j'en aimerai une autre, rien ne m'en empêchera...

MADAME DERMlLLY.

Eh ! qui donc ?

ARMAND

Vous ne le saurez pas ! vous ne pouvez le savoir.. . et vous ne devineriez jamais, c'est impossible; cela vous paraîuait si absurde, si inconcevable , et cependant c'est la vérité , c'est celle que j'aime.

MADAME DERMlLLY.

Eh! qui donc?

ARMAND

Ma cousme.

MADAME DERMlLLY. •

Est-il possible !

ARMAND

Je l'aime comme je n'ai jamais aune , ou plutôt je n'ai jamais aimé qu'elle...

MADAME DERMlLLY.

Laisse-moi donc!...

Ah ! j'en étais sûr, vous ne pouvez me comprendre, mais toutes ces vertus, toutes ces qualités que je révais, et dont mon imagination se plaisait à embellir une autre, c'est elle qui les possède, et c'est elle que j'aimerai toujours.

MADAME DERMlLLY.

Toujours!

ARMAND

Oh! cette fois, c'est définitif; car la beauté, chez elle, est le moindre de ses avantages! Quelle douceur! quelle naïveté! quelle bonté de caractère! et sans parler ici de sa fortune, songez donc que les convenances, que les rapports de famille... que tout se trouve réuni...

IfAOiMR DfeRMltLY.

Eh ! je 1o sais mieux que toi!^.. car auUefpis c'est elle que je te. destinais,, mais tu n'en as pas voulu; tu n'as pas même consenti à Ja voir...

ARMAND

Est-il possible!... eh bien! il fallait m'y forcer, m'y contraindre, user de votre autorité, car, ^près tout ,.you8 êtes ma mère , vous aviez le droit de cqmpiander,.. et une pareille faiblesse... Ah! pardon !... pardon ! je ne sais ce que je dis; je yous offense encore , mais, voyez-vous, la tête n'y est plus ; et le seul parti qui me reste à présent, c'est de me brûler la cervelle

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