SCÈNE ly
CAMILLA, puis EDGARD.
CAMILLA
Quelle tétet mais il a un si bon cœur!... et poui vu qu'il soit beureux. Qui vient là ?
BDGABD.
Qu'on prévienne seulement ma tante, mais oe dérangez pas ces dames.
CAMILLA, avec trouble.
0 mon Dieu ! ( Avec joie. ) Ëdgard !...
ÇDGARD , sVlançant vers elle.
Gamilla!... ma chère CamiUa 1 je vous revois donc enfin; on m'assurait que ma tante... que toutes ces demoiselles étaient à leur toilette, et je rends gjrâce aucieL £b mais! qu'avez-vous?..>
CAMILLA
Moi , rien...
EDGARD
Vous souffrez...
CAMILLA
GâMILLA.
Oh ! non... non, Je ne le pense pas.
BOGARD.
C'est ma faute !... et vous surprendre ainsi..
CAMILLÂ.
Non pas!. •• nous vous attendions, mon frère nous avait prévenues de votre retour.
EDGARD
Et ce retour, Gamilla , puis-je croire qu'il a été quelquefois désiré par vous ?
CAMILLA
Ah ! si vous pouviez en douter, vous mériteriez que ce ne fût pas. Vous qui parlez, vous n*avez donc jaipais pensé aux amis que vous laissiez en Angleterre?...
EDGARD
Leur souvenir ne m'a jamais quitté, et lui seul me consolait de Tabsence... car ce n'est pas moi, c'est votre père , mon tuteur, qui avait exigé ce voyage , qui le regardait comme le complément nécessaire à mon éducation...
CAMILLA
Il est de fait que ces trois années passées sur le continent doivent bien vous instruire, et vous apprendre bien des choses...
EDGARD
Je ne le pense pas ! et je cherche encore ce que j'ai gagné à parcourir r£urope : quelques impressions fugitives, effacées chaque jour par celles qui leur succédaient , et qui ne m'ont laissé dans la mémoire que des noms de villes et d'auberges. Pour les coutumes , pour les mœurs, pour la société , croyez-vous qu'on les connaisse en courant la poste? et quelle solitude! quel vide affreux vous environne ! a a milieu de ces cités populeuses, où vous ne rencontrez que des regards inconnus, indifférents... c'est alors que, par la pensée , vous revenez à votre patrie, à vos parents, à vos amis, qui vous oublient peut-être.
CAMILLA
AblEdgard!...
EDGARD
Combien l'on désire les revoir ! que l'on payerait cher raspect du toit paternel... et le sourire d'une sœur !... Aussi mon exil terminé, comme je me suis empressé d'accourir ! comme le cœur m'a battu en apercevant de loin les côtes de la vieille Angleterre , et plus tard, cette humble habitation où nous avons été élevés, et où demeurait votre père.
CAMILLA
Quoi 1 vous y avez été ?...
C'est là d'abord que se sont tournés mes pas ; et que de souvenirs m'ont environné ! c'est là que conimencèreut nos premiers jeux , nos études ,
008 plaisirs ; c'est là que , sqqs les yeux de votre père... Hélas ! je ne devais plus l'y revqir, et les soins, les biepfaits qu'il m'a prodigués... je ne devais plus l'en remercier que sur son tombeau... Je l'ai fait du moins, je lui ai juré de payer à ses enfants l'amitié que je lui devais... Et vous, CamiUa, daignerez- vous, en son nom, accepter mes serments?
CAMILLA , «wujant ses yeiu(.
Ah ! toujours , toujours, vous le savez bien...
EDGARD
Ma Camilla ! masœur I et Uonel « où est-i| donc ?
CAMILLA
Absent, dans ce moment, et bien inquiet de votre décision...
EDGABD.
Qui ne doit pas beaucoup l'effrayer, et si , par sa conduite, comn\e je l'espère, comme j'en suis sûr, il a toi^ours été digne de ma sœur, je ne vois pas qui pourrait s'opposer à ce mariage...
CAMILLA , timidement.
Peut-être son manque de fortune.
EDGARD
Au contraire, c'est pour cela que j'y tiens...
CAMILLA , lui prenant la main.
Ah I je vous reconnais là...
EDGilRD.
Et en quoi cela peut-il vous étonner?... Est-ce qu'à la place de ma sœur, ou la mienne, vous songeriez à vous marier pour augmenter vps richesses?...
CAMILLA
Mais, sans les recbeixher, on peut les rencontrer, et sous ce rapport, vos projets, Edgard, me paraissent fort convenables.
EDGARD
Quoi?... que voulez-vous dire?...
CAMILLA
Ai-je commis une indiscrétion ? ici on n'en fait pas mystère , et mistriss Carington , votre tante , ne nous a pas laissé ignorer que bientôt Indiaua , sa fille...