SCENE IX
Les Précédents, PIFFART.
MADAME DESPERRIERS.
Arrivez, mon cher voisin, voici monsieur qui prétend avoir des actions.
PIFPART.
Impossible, Monsieur, il n'y en a plus, et à moins que vous ne trouviez quelque actionnaire qui veuille revendre...
MADAME DESPERRIERS.
Ce n'est pas moi.
DE &ERNONEK.
C'est désolant
MADAME DESPERRIERS, d*uo air triomphant.
J'en étais sûre, et vous voyez bien, mon cher frère...
PIFPART.
Comment! c'est monsieur votre frère, M. de Remonek, ce riche propriétaire de Bretagne?
DE KERNONER.
Oui, Monsieur. ( a part.) En voilà un qui est aimable, il méconnaît
PIFFART, panant auprès de M. de Rernonek.
C'est différent La compagnie n'a plus d'actions , il est vrai ; mais moi , J'en ai quelques-unes à moi appartenant par l'acte de société, et je serai trop heureux de faire quelque chose pour le frère de madame Desperriers.
DE KBRNONEK, sUnclioant.
Monsieur, croyez que ma reconnaissance... Je prends quarante actions.
MADAME D£SPBRniKB5, à Piflart.
Ah çà ! Monsieur, c*est donc vraiment une affaire?...
( Un domestique entre daot ce momeat : il remet une lettre à Piffart.) PIFFART.
Voulez-vous bien penuellre? ( a part.) C'est Gustave. ( Lisant. ) « J'ai prîs tous les renseignements » nécessaires , impossible d'établir des puits arté- » siens dans la plaine des Sablons... » (s'arrétant. ) Ah! mon Dieu! (Conanuant.) « Tu verras par la » note ci-jointe pour quelle raison , et cœtera. »
( Il froisse avec dépit la lettre entre ses mains, et dit i pari. )
Me voilà dans un bel embarras, u m. de Remonek
en affectant un air riant ) VoUS dltCS dOUC qUC VOUS
prenez quarante actions?
DE KERNONEK, appuyant ayec intention.
Oui , Monsieur ; oui , ma dière sceur, quarante , et j'en prendrais davantage , si j'avais des fonds disponibles, si je pouvais vendre ma belle propriété de La Guichardière ; des bois immenses. Monsieur, qui valent deux millions , ci dont je ne peux trouver à me défaire pour moitié.
LES ACTIONNAIRES
MADAME DESPERRIEES.
Je le crois bien , au fond de la Bretagne , au milieu des terres, à dix lieues des grandes routes, aucun débouché , vos coupes de bois vous restent sur les bras.
DE KERNOPÎEK.
C'est faux... (a part.] Ils pourrissent surplace.
MADAME DËSPERRIERS.
Demandez à vos voisins qui sont dans le même cas. Tout est en vente chez mon notaire, personne n'en veut
DE KERNONEK, furieux.
Ma siBur, c'est une indignité; et Je vous prie de ne point déprécier ma propriété.
MADAME DKSPERRIERS.
OÙ est le mal ? personne ici ne veut Tacheter.
PIFFART, Tifement, et comme frappé d'une idée*
Peut-éu*e. (serepreoant.) Je cheTche du moins quelque chose dans ce genre-là.
DE K.ERNONBR, avec joie.
La!..* (▲ madame Dei|»errien. ) VoUS VOyez, Ma-
dame!...
PIFFABT.
Soyez tranquille , je n'abuserai point de ce que je viens d'apprendre, (a part.) 11 n'y a que ce moyen-là de me sauver. (Haut.) Vous dites que cela vaut deux millions ?
DE KERNONEK*
D'après l'expertise que j'ai sur moi , et les impotitioos que je paye en conséquence.
Peu importe ; ce qui me paraît prouvé , c'est que vous ne poDvez en trouver que la moitié. Eh bien ! moi, qui suis ronii «q affaires, et qui paye toujours comptant, madame vchis le dira... (a part. ) Allons, de l'audace, il n'en coûte pas davant^e. (Hant.) Je vous en olfre six cent mille francs.
DB KIBIfONEK , arec joie , à part.
Six cent mille francs ! (Haut.) Monsieur, quelque envie que j'aie de conclure , je ne peux pas à BoloB de sept cent mille francs.
PIFFART.
Tdà Ml mon prix. C'est à prendre ou à laisser.
DB KERNONBK.
J'entends à merveille; mais je tiens aux sept cent mille francs. Une partie de cette somme doit servir à la dot de ma fille.
PIFFART.
De mademoiselle votre fille, mademoiseUe Estrile; c'est difiérent 11 y aurait moyen de tout concilier ; car je vous ai dit que j'étais accommodant rai un ami... nn associé, qui ne vous est point étranger... M. Custave de Rennes, un jeune bomme charmant.
ESTELLE
M.Gustave?
PIFFART.
Je vois que nous sommes en pays de connaissance. Oui , Monsieur, c'est mon parent , mon protégé. ( A demi-vou.) Et j'irai avec vous aux sept cent mille francs , peut-être même plus loin , si nous pouvons nous entendre à ce sujet.
DE KERNONEK.
Que dites-vous?
PIFFART.
Passons dans mon cabinet; et comme cela regarde aussi madame Desperriers , j'espère qu'elle voudra bien aussi nous accompagner, (a Eateiie.) Je n'ose inviter mademoiselle à cette grave conférence , les gens d'affaires sont si ennuyeux 1 mais j'espère qu'elle voudra bien nous attendre ici. ( Bas
à Labourdioiëre qui vient de rentrer, et qui «e Ifoutc à sa
droite ) Cours rassembler nos actionnaires; dis-leur que je les attends. ( a part.) Arrivera ce qu'il pourra... A la grâce de Dieu. (Labourdinière sort.) ( A M. de Kernonek.lui montrant le cabinet.) Mousieur... (Ofirant la main à madame Desperriers. ) Belle dame.*. Air det Comédiens.
TOUS
Ah! quel bonheur! k peine il en exista De comparable à celui que je sens.
DB RERNONEK.» bas k Estelle.
J'ai mis dedans ce grand capitaliste; J'aurais vendu pour cinq cent mille francs.
MADAME DESPERRIERS.
Tout, je le vois, réussit à mon frère.
PIFFART.
Ah ! je le tiens.
DE RERNONEK.
Cest un double bonheur.
Je fais d'abord une excelh^nte aflaire, £t puis je peux faire enrager ma sœur.
BMSEMBLB.
DE K.ERNONEK.
Ah ! quel bonheur ! à peine il en existe De comparable à celui que je son» ; J*ai mis dedans le grand capitaliste...
J'aurais vendu pour cinq cent mille francs.
PIFFART.
Ah ! quel bonheur ! A peine il en existe De comparable à celui que je sens ; Lorsqu'en espoir on est capitaliste...
Regarde-t-on à deux cent mille francs!
MADAME DESPERRIERS.
Ah ! quel dépit ! A peine il en existe De comparable à celui que je sens ; Quel homme heureux! quel grand capitaliste! Donner ainsi les sept cent mille francs!
ESTELLE
Ah! quel bonheur! h peine U en existe De comparable à celui que je sens; J'aime déjÀ ce grand capitaliste...
J'aurai ma part des sept cent mille francs.