‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 594 sur 756 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE PRINCE , DUBOIS , qui entre d'un air soudenz par la porte à droite.

LE RÉGENT , le regardant.

Il va m'aider.

DUROIS.

A quoi , Monseigneur ?

LE RÉGENT

A finir une chanson de table , une chanson profane.

DUBOIS

Miséricorde !

LE RÉGENT

Cela te scandalise , l'abbé, tu as une pudeur si farouche.

DUBOIS

Mon Dieu ! je vous abandonne ma pudeur , faites-en ce que vous voudrez , si vous pouvez en faire quelque chose; mais à votre tour, il faut que vous m'abandonniez...

LE RÉGENT

Eh ! qui donc?

Le ducdn Maine et sa femme.

hdk

OEUYBIS GQMFLËTES DI IGIIIBE.

iB BÉOBirr.

Non,

DUBOIS

Eh bien I sa femme seulement, Je m'en contenterai.

LB BÉOBIIT , tvec impatianoe.

Toujours la duchesse, il ne fait que m'en parler; je crois vraiment que tu en es amoureux.

BUBOIS, tvee ironit.

C'est pour cela que je veux l'enlever à mes rivaux.

LE BÊOBNT, riant.

Gela ferait crier trop de monde, et tu as déjà tant d'ennemis.

DUBOIS , avec colèra.

Eh morbleu! il ne s'agit pas id de mes ennemis; mais des vôtres que je surveille; et je vous invite seulement..

LB BÊOBNT, m lavant.

Moi , je t'invite à souper pour ce soh*, un repas délicieux.

DUBOIS, avao impatience.

Monseigneur...

LB BÉOBNT.

Tu y trouveras mademoiselle Toinon, et ces demoiselles que j'attends.

( Il trafene le théâtre et va •*aiieoir tnrle canapé. ) DUBOIS, de même.

Au nom du del...

LE RÉCENT

Et au lieu de m'aider , tu es venu là , me déranger , au milieu d'une chanson que je composa

DUBOIS

Jour de Dieut des chansons! des orgies, lorsque nous sommes sur un volcan, lorsqu'il se trame en ce moment une conspiration...

LE BiQBNT.

Quelle folie?

(Chantant.)

«Eh; bon, bon, bon, » Qae le vin oft bon.»

DUBOM.

Vous voilà; vous ne croyez à rien...

LE RÉGENT

Et toi, rabbé, tu crois à tout, eicel[>té en Dieu.

DUBOIS

Tout ce que vous voudrez, des sarcasmes, des injures, j'y suis fait; mais vous m'écouterez, et puisque vous me refusez la duchesse , vous ne me refuserez pas du moins une petite arrestation sans conséquence.

( Il i^approche du régent. ) LB RÉGBNT.

Sansconséquence...

BDBQM.

Un banquier, rien que cela ! un I gnol qui, pour se dérober à ses crteBders» put cette nuit avec Porto^Carrero.

LB BÉOBNT.

Tout ce qu'il te plaira, pourvu que tu ne me parles plus d'affaires.

DUBOIS, se mettant t la table et écrivant.

Soit. Je ne vous dirai pas qu'hier un eom^ était dirigé contre vous ; qu'hier, et dans celte voiture que vous avez cédée à M. d'Aobigny, on devait vous enlever, vous conduire en Espagne.

LE RÉGENT

Quelles balivernes!

DUBOIS

Vous ne le croiriez pas; aussi je n'ta dis mot,

je ne parle pas, j'agis.

LE RÉGENT, le regardant pendant qu'il écrit.

n a le diable au corps pour rêver dee eoBiplots. Sais-tu, l'abbé, que je te plains et que tu dois être malheureux, toujours dans la crainte, la défiance; aussi, une justice à te rendre, c'est qae tu es généralement détesté.

DUBOIS

C'est ce qu'il ftmt; je serais Mes fldié dlivair )eur estime.

LB RÉGENT

De ce cOté-là, sois tranquille...

DUBOIS

Tant mieqx, Monseigneur ; s'ils me m^râeot, je le leur rends bien, et nous sommes quittes ; Je ne m'en porte pas plus mal , au contraire, et je ne vois pas la nécessité d'être $ûm6 d'eux, («e levant et

allant auprin du régent) Voqs, P^T exemple, lo

meilleur et le plus généreux des hommes, vous ont-ils épargné les outrages et les calomnies? ne vous ont-ils point , témoin ce Lagrange-Gbancel , à qui vous avez fait grâce, ^fcuaé &b^ prose, comme en vers, des plus horribles attentats? le fer, le poison, que sais*je? et pourquoi? parce que vous êtes bon, loyal, démenti ei que personne n'a plus que vous ressearirié è voirt aieil Henri IV ; mais vous en fitrea tant, que vous ïm ressemblerez jusqu'au bout; ils vow HWmfront.

LB BiOBHT.

Dubois!

( n le lève et pane de Tantre c6té.)

Tandis que moi, qui tâches teui m^hnent de ressembler à Richelieu , je suis comsie hù haï, détesté , abhorré, mais comme lui je serai riche, heureux , puissant , et comme lui je mourrai frSBquillement dans mon lit Voilà à quAi sert l'emHr du peuple.

LE MODLIN DE JAVELLE

LE BÉCENT.

Infâme.

DUBOli.

(Test possible; mais J'ai raison. (luS prëMBum le papier. ) Signez !

Un instant (ii m la papier.) Oui, un banquier espi^ol, qui a fait banqueroute à Londres» d'oà

il 8*€St enfui, (negardaot Dubow, qui at debout dcr^ rière lui auprès do la table.) Qu'e8t«Ce que Ça te

lait?

DUBOIS

L^ambassadeur d'Angleterre demande à le faire arrêter en France, et il n*y a pas de temps à perdre, car il part cette nuit pour l'Espagne avec Fabbé Porto-Garrero, secrétaire du prince de Cellamare.

LB BÉGBNT, signant.

Ça, c'est Juste, le couvert de l'ambassade ne doit pas protéger les fï*ipons ; qu'on l'arrête...

( Il signe.) DUBOIS, appujant.

Et qu'on examine ses papiers , c'est tout ce que

Je demande, (& part sur le devant de la seène pendant

que le régent signe) parco qu'ou Tîsitant les sieus , on I Tisitera ceux du secrétaire d'ambassade, un hasard que J'aurai soin de commander... (Haut, au régent.) MaiBteaant» Monseigneur, amusei-yous; mol. Je yeiUe.

(n Ta pour sortir. ) IB BtOBlfT.

f Est-ce que tune souperas pas avec nous?

' DUBOIS

Sij'ai le temps.

LB BÉGBNT.

I Tâche , car J'ai à te parler.

I DUBOIS , se rspprocbant Tivemeiit,

i Et de quoi?

I LB BÉGBirr.

f De cette petite Babet , que J^attends I

f DUBOIS, arec bumeur.

Encore elle! est-ce que vous ne devriez pas I déjà TOUS occuper d'une autre, tous qui, parmi r nos roués, avez si belle réputation , réputation I usurpée...

I LE BÉGBNT, piqué.

Halte-là I c'est ce que nous Terrons I...

DUBOIS

Tous aurez beau faire, vous ne serez Jamais, conune disaitle feu roi, quis'y connaissait, qu'un fanfaron de vices.

LE BÉGBNT.

Et toi, rabbé, tu es de ce côté-là un Trai

DUBOIS

BraTe comme César !••• (Écoutant.) On monte l'escalier.

LB BÉGENT*

Cest Babet

DUBOIS

A mareiDe ! Je m'en vais.

LE BÉGBNT.

Tu fais bien.

DUBOIS

N'est-ce pas. Monseigneur? SaToir arriTer, et surtout s'en aller à propos , voilà le moyen de faire son chemin à la cour.

LE BÉGENT, lui frappant sur la joue.

Aussi Je t'aime , à condition que tu ne re- Tiendras plus.

C'est convenu, à moins d'un danger réd.

LE BÉGBNT.

Dans le cas seulement où mon pupille , où le Jeune roi serait menacé.

DUBOIS

Je vous le Jure , et alors , Je firappe discrète* ment trois coups à cette porte. (Montrant u porto k gauche.) Tcncz , comme on le fait en ce moment...

(On entend frapper trois petits coups bien distinds I la porte.) LE BÉOBNT.

C'est Babet ; tais-toi, et va-t'en.

(u éteint les bougies qui sont sur la table , et Ta ounir U porto.)

Page 1