‹ Œuvres complètes de M. Eugène ScribeChapitre 642 sur 756 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

BOURGAGHARl), GA6RIELLE.

GlBaiBLLB , à Boorgichard qui «aire.

Eh bien!

B0UBGACHAB1) , hon de loi et à deni-foli.

Je rai vu!... je l'ai vu I... je l'ai embrassé. Ah ! je ne me doutais pas de ce qu'un pareil moment fait éprouver. Heureusement il n'y avait personne... nous étions seuls, car j'ai pleuré* comme une femme, comme un conscrit

GABBIBLLE , arec joie.

Vraiment?

BOUIUSAGQABD. n n'a pas eu peur de moi... ni de mes moustaches ; au contraire , il a joué avec. C'est mon fils , c'est mon sang... c'est le sang de la vieille garde... et puis il me ressemble déjà...

GABRIELLB.

Vous trouvez!

BOUBGACHABD.

C'est effrayant! si j'étais resté ici, ça vous ' aurait compromise. Et puis vous l'aves nommé ViCTOB... c'est un beau nom, c'est celui que je lui aurais donné en souvenir de mon empereur, et quand j'y aurais i^outé le mien, Viaor Bourgs^ chard, cela saune bien, cela retentit,

GABBIBLLE.

Certainement

BOUBGAGHABD , a'éohaaffaot toajoon.

Et quand on dira : Qu'est-ce que c'est donc que oe petit gaillard-là qui court, qui n'a peur de rien, qui jure déjà comme un homme ?... on répondra : C'est le fils du général Bourgachard, du comte Boorgacbard , car je suis comte , je Favais oublié, je n'y tenais pas, mais j'y tiens pour lui. Il aura mon majorât, et mon château de la Brie, et toute ma fortune...

GABBIELLB t viTemeni.

Cela va sans dire.

BOUBOACHABD.

N'est-ce pas ?... Vous ne pouvez pas vous ùnaginer ce que ces idées-là ont produit en moi ! j'étais ennuyé , fatigué de tout, même de la vie, et maintenant je renais ; je rajeunis ! je ferais encore

une campagne pour laisser à mon fils quelque grade et quelque gloire de plus... Venez!... venez près de votre tante.

GABBIELLE.

C'est inutile!... d'après votre lettre et l'entrevue que vous lui avez demandée , elle ne peut tarder à se rendre ici, et je veux profiter de son absence pour vous dire à mon tour ce qui se passe en moi... ce que j'éprouve, oe que je pense, en un mot vous parler avec franchise...

BOUBGAGHABD.

C'est trop juste ! au moment de se marier, il faut tout se dire.

GABBIELLE.

Eh bien ! général... je dois vous avouer que M. Henri... que votre neveu... m'aime éperdument..

BOUBGAGHABD.

Je le sais! c'est un malheur...

GABBIELLE.

Mais ce que vous ne savez peut-être pas.,, c'est que moi aussi, je l'aime , et je le sens là... je ne pourrai jamais ni Toublier , ni vous aimer, comme je le devrais.

BOUBGAGHABD.

Vraiment ! je vous remercie de votre franchise. .• Mais que voulej^vous? c'est un malheur,..

GABBIELLE.

Ce mariage va donc vous priver d'un neveu qui vous était cher, que vous aviez élevé, que vous regardiez aussi comme votre enfant II faudra reiiler, ou, s'il reste près de vous, vivre en une défiance continuelle , le redouter sans cesse , être jaloux enfin des deux personnes que vous aimez lopins?...

BOUBGACHA|U[) , avec impatieDce.

C'est vrai !... c'est vrai !.., mais quand vous me direz tout cela, il le faut, il faut bien réparer mon crime , et donner un nom à mon fils.

GABBIELLE.

Je ne vous parle pas de la différence de nos âges, de nos goûts. Ces bals, ces soirées, ces réunions qui m'enchantent, serait-ce là ce qui vous conviendrait? non , sans doute.

Alt de valse.

Ce n'est pas ceU, Ce tableau-là Ne peut guère Tous plaire; Aussi , pour vous, et trait po«r trait. Voilà ce qu'il faudrait:

Une femme de quarante ans.

Fraîche encor, douce , aimable et bonne... Songe-t-on aux jours du printemps Lorsque brille un beau Jour d'automne?

N'est-ce pas cela?

N'est-ce pas là La compagne et famie

Qui de la vie Et de l'hyinen Gharmerail le chemin ?

Ne voyant que votre intérêt, Sans humeur et sans égoïsme ; Toujours là, les jours de piquet.

Surtout les jours de rhamatiame.

N'est-ce pas cela ?

N'est-ce pas là La compagne et Tamie Qui de la vie Et de rhymen Charmerait le chemin?

Elle entendrait , prés do foyer.

Le récit de chaque victoire ; Et donnerait au vieux guerrier Paix et bonheur après la gloire.

N'estrce pas cela ?

N'est-ce pas là La compagne et l'amie Qui de la vie Et de l'hymen Charmerait le chemin?

BOUfiGACHA RD , avec humeur.

Eh I certainement, cela vaudrait bien adeox; mais quand on n*a pas le choix... quand il le faut.

GABBIELLE.

Et 8*0 ne le fallait pas...

BOURGACHABD.

Que dites-vous ?...

GABRIELLE

Si vous n'aviez envers moi aucun tort à réparer?

BOURGACHARD.

Ce n'est pas possible I...

GABRIELLE

C'est pourtant la vérité... et si, dans le trouble où vous a jeté cet aven, vous aviez eu le temps de réfléchir , vous vous seriez dit que j'ai dix-huit ans, que votre fils en a sept

BOURGACHARD.

C'est juste... eh ! qui doncalors... qui donc?

GABRIELLE

Celle à qui vous venez d'écrire... pour implorer le pardon de vos torts...

BOURGACHARD.

Votre tante I...

GABRIELLE

La mère de votre enfant... celle qui lui a prodigué tous ses soins... celle à qui vous rendrez l'honneur, et qui à son tour honorera votre vieillesse... Oui, voilà l'amie, la compagne qui vous convient... elle ne vous quittera pas, celle-là; elle embellira vos derniers jours... elle vous aidera à élever et à aimer votre enfant..

BOURGACHARD, attendri.

Mon enfant I

GABRIELLE

Nous l'aimerons tous... car votre neveu ne sera plus obligé de s'éloigner... vous n'en serez plus

jaloux... nous resterons avec vous, dans votre château; nous y vivrons tous en famille..* votre fils épousera ma fille... car j'en aurai une...

BOURGACHARD.

Vous croyez?...

GABRIELLE

Oui , Monsieur... et vous ne voudrez pas ùin manquer tous ces mariages-là...

BOURGACHARD , evoyant une larme.

Non... non, vraiment..

GABRIELLE

Je puis donc dire : Mon onde ?

BOURGACHARD.

Sans doute...

GABRIELLE

Et je puis embrasser ?...

BOURGACHARD.

Ça devrait déjà être Dait..

GABRIELLE , ae jetant dans am braa.

Ah! de grand cœur !...

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