SCÈNE XIV
Les Précédents; SOLIGMI, entrant paria gaoche, ya a^aneoir auprès de la table*
FUMIGHON, à part.
Gomme il a un air sombre 1 il ne nous voit seulement pas, (AUani k loi. ) SoUgui !
SOLIGNI, aperoflfant FojBiakon et lUdla.
Âh! te voilà!
(Uaelère.) FUMIGHON.
Oui, mon ami; je voulais te parier surta proposition de ce matin, à laquelle J'ai réfléchi, ei dont je ne serais peut-être pas maintenant trèséloigné.
SOLIONI.
Quoil vraiment, tu accepterais?
FUMIGHON.
Pour te rendre service.
SOUGNI.
Ten suis fâché ; tu m'avais refusé , j'ai fait d'astres dispositions.
FUMIGHON.
Que tu peux changer.
SOLIGNL
Non ! il n'est plus temps; l'acte signé par moi en bonne forme, et d'après le modèle que ti m'avais donné, vient de partir à l'instant.
FUMIGHON.
Odel! et pourquoi te presser ainsi?
SOLIGNI.
Je n'avais pas de temps à perdre, car dans oie heure peut-être...
FUMIGHON.
Que veux-tu dire ?
SOLIGNI.
Rien! Je suis content! je suis heureux! Voilà le premier bonheur qui depuis longtemps me soit
arrivé! (S'avançant et apercetant E»teUe.) Ah! C'CSt
VOUS, Estelle, approchez, approchez! (sueiie
pain entre Fumichon et Soligni.) Je ViCllS de VOÛ* 06
jeune homme qui vous demandait en mariage; il n'a pu hasarder une pareille démarche sais votre aveu.
ESTELLE
Ce n'est pas moi , c'est M. Fumichon.
FUMIGHON.
Parce qu'alors j'ignorais que M. de Bussières...
SOLIGNI.
Tais-toi, je ne te demande rien. ( AEiieUe. ) Vous l'aimiez donc ?
ESTELLE
Oui, mon père.
SOLIGNL
Et comment ne m'en avez-vous jamais parlé ?
ESTELLE
Je vous l'ai dit, mon père, il y a bien longtemps. C'était dans le temps où vous m^aimiez ! Vous me disiez alors : U faut te marier. Et moi je vous ai répondu : Attendez , car il y a quekpi'un que je préférerais peut-être à tous les autres; mais il ne s'est jamais déclaré, il ne m'a Jamais d?
qu'il m'aimait. — Et si tu te trompais , mon enfant , avez-vous ajouté , car alors vous me disiez toujours toi ^ si tu te trompais , tu serais bien malheureuse. — Non, vous ai-je répondu, car j'aurais, pour me consoler , l'amour de mon père ; et cet amour-là tient lien de tout— S'il en est ain«, avez-vous dit, en m'embrassant, attendons et n'en parlons plus. Je n'en ai plus parlé, et j'ai attendu; cela m'était facile alors, j'étais si heureuse !
SOLIGNI , après an iosUnt de tilenoe.
Oui , tout cela est vrai , je me le rappelle maintenant; mais ce jeune homme, où l'aviez -vous vu?
ESTELLE
A Paris , chez ma mère , où il venait presque
tous les jours avec M. de Bussières, son père.
C'était pendant votre absence, lors de ce dernier
voyage que vous avez fait et qui a duré si long-
> temps.
^ FUMIGHON , à part et loi fait ant dea aignea qo*eUe nevotipaa.
i Impossible de la faire taire.
SOLIGNI, avec émotion.
Ce M. de Bussières... je ne parle pas de Raymond, mais de Tautre; ce M. de Bussières vous aimait?
ESTELLE
Beaucoup ! il m'avait vue ^ jeune !
PUMICHON , à demi^oiz.
Taisez-vous I
ESTELLE , à Fumicbon.
Et pourquoi donc? pourquoi ne dirais-je pas la vérité ?
SOLIGNI.
' Vous avez raison. Savez -vous qu'en mon absence , et croyant que j'avais perdu la vie , votre mère voulait vous le donner pour tuteur ?
ESTELLE
Oui , vraiment ! car quelques jours avant sa mort, il y a trois ans, ma pauvre mère me fit venir près de son lit Nous étions seules et elle me dit : Bientôt, ma fille , tu seras orpheline ; je t'ai donné pour tuteur un ami de notre famille, un ami de ton enfance, M. de Bussières , qui dans ce moment n'est pas dans ce pays. Mais dès qu'il sera de retour , ce qui ne peut tarder , tu lui remettras toi-même , et à lui seul , ces papiers.
SOLIGNI et FDIIICHON, à part.
Odel!
ESTELLE
Et elle me confia alors une lettre cachetée de noh*, qui contenait sans doute ses donières volontés et tous les renseignements nécessaû^es sur notre fortune. Mais voussavez que » peu de temps après , M. de Bussières ayant perdu la vie en Pologne...
Vous n'avez pu lui remettre cette lettre ?
ESTELLE
Non, mon père.
SOLIGNI.
Et elle existe encore !
ESTELLE
Je le pense 1 je l'avais serrée dans l'écrin de ma mère avec les lettres que vous m'écriviez, quand vous étiez en voyage; enfin, avec tout ce que j'avais de plus précieux , et le jour même de votre arrivée, je me sids hâtée de vous remettre cet écrin. J'ignore ce que vous en avez fait; mais le lendemain j'étais dans votre cabinet, debout près de vous ; cet écrin était sur votre bureau , et vous m'avez dit : Ce sont les diamants de ta mère, ils t'appartiennent ; mais tu ne peux pas les porter avant ton mariage, je te les garderai jusque-là. Alors vous avez renfermé l'écrin , et vous m'en avez remis la clef.
FUmCHON , YiTement à EateUe.
Et l'écrin?
ESTELLE
Mon père Ta gardé.
SOLIGNI, froidement.
C'est vrai; 11 est entre mes mains; 11 est ici.
FUMICHON, àpart. -
Àh! mon Dieu!
SOLIGNI, à EateUe, froidement.
Donnez-moi cette clef.
FUMICHON, àToizba«e.
Ne la donnez pas !
ESTELLE, étonnée.
Qu'est-ce que cela signifie ?
SOLIGNI.
Je veux l'avoir.
* FUMICHON
Et moi je pense que c'est absurde, que c'est inutile, etque, s'il faut le dire , tuastortdela lui demander, parce qu'après tout...
SOLIGNI.
Je Tordonne !
FUMICHON
Et moi je le lui défends , pour elle - même et pour toi. ( à EateUe. ) Oui , mou enfant...
Air de t^Angélut, ( Baa et trèa-TWement. ) Il y Ta de rotre arenir Et du bonheur de votre rie ; Gardex-Tous bien d'y consentir; Ecoutez-moi , Je tous en prie.
ESTELLE , ploa lentement.
Ah ! je n'écoute que mon cœur,
(Montrant Soligoi.) Et sa Toix, qu'ici Je révère !
Dût-il ordonner mon malheur.
Je dois obéir à mon père.
{ Elle détache de aon cou une chaîne où est la clef, et la remet I Soligni. )
SOLIGNI.
C'est bieu.
FUMICnON, avec bomeur.
La belle avance ! ( L Estelle, en »*ea aUant* ) Voos
avez Tait là un beau trait; c'est sublime; c'est admirable. •• Adieu.
( Il tort pw le fond. ) ISTKLLB, tNmblaiittt.
Que yeut-il dire ?
SOUGMI.
Ah! quejesouflre!
ESTBLLB.
Mon père !
SOLIGIII.
Sortei; laissez-moi.
(8»teU« lort par le fond en regardant aon père et en aoopirant. )