SUR L'INTÉRÊT PERSONNEL
Répondre avec transport par un cri sympathique.
C'est qu'elle y retrouvait un sentiment sacré,
Par l'humanité même à Térence inspiré:
Chrêmes offrait de l'homme une honorable image ^
Ou s'en déclarait digne en lui rendant hommage.
S'il eût dit: a Je suis homme, et rie songe qu'à moi. »
Rome n'eût répondu que par un cri d'effroi;
Et, du vers inhumain punissant le scandale,
Un sifflet vertueux eût vengé là morale.
L'intérêt personnel attire tout à lui;
La sympathie aspire à vivre dans autrui.
Si dans tous les mortels l'un voit des adversaires,
L'autre y voit des amis, des alliés, des frères;
L'un les fait détester , l'autre les fait chérir.
Et pour eux, avec eux, nous enseigne à souffrir.
Par quels abus de mots, dans votre vain système.
Nommez- vous intérêt l'abandon de soi-même?
Faut-il, en poursuivant d'utiles vérités.
S'égarer à plaisir en des subtilités?
L'esprit dans cet abîme en vain cherche une route;
Et, malgré son flambeau, la raison n'y voit goutte.
Autant vaut rajeunir les rêves de Platon,
Ou devers Alcala, sur un plus aigre ton.
Se mettre, en ergotant, l'esprit à la torture
Pour accorder Thomas^ Scot ou Bonaventure.
Philosophes français, nés dans l'âge éclairé Que les fils de Tartufe ont en vain dénigré^
a68 DISC. SUR L'INTÉRÊT PERSONNEL.
Cultivant chaque jour l'intelligence humaine,
Vous avez fait valoir et grossi son domaine.
Si le profond René, qui fut trop créateur.
Du doute méthodique heureux législateur,
Mais infidèle aux lois par lui-même fixées,
De nos sensations sépara nos pensées;
Si cet autre rêveur qui voyait tout en Dieu
Ne se fit pas comprendre, et se comprit fort peu;
Si, dans la Germanie, un charlatan gothique,
Ose, en illuminé, prêcher sa scholastique ;
Les chemins qu'entrevit Bacon le précurseur,
Et dont Locke en tremblant sonda la profondeur.
Offrant à vos efforts un terrain plus docile.
Désormais, grâce à vous, sont d'un accès facile.
Guidés par la nature, et cherchant pas à pas,
Vous étudiez l'homme , et ne l'inventez pas ;
Des effets démontrés vous remontez aux causes;
Mais pesez bien les mots, car les mots font les choses.
^mxi^iMà
mmmm