‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 5)Chapitre 46 sur 102 · I. C'est à tort que la première de ces villes fut comprise · texte numérisé non relu

I. C'est à tort que la première de ces villes fut comprise

iGi CONVENTION NATIONALE.

à Tarascon. C'est à Lyon qu'est le fil électrique qui menace d'embraser le midi de la France. Les auteurs de ces crimes sont, pour la plupart, des hommes étrangers à cette commune, et notamment des émigrés rentrés en France par la frontière de l'Est. Les partisans de l'anarchie révolutionnaire, chose étrange, et cependant prouvée! les terroristes du Midi , d'accord en ce point avec les émigrés et les fanatiques, participent à ces attentats, et versent le sang de leurs complices, soit qu'ils veuillent étouffer avec eux des souvenirs et des secrets dangereux, soit qu'ils espèrent que les crimes de la compagnie de Jésus feront oublier les leurs, et que cette nouvelle domination, provoquant la haine de tout ce qui n'est pas meurtrier, pourra nécessiter un changement, et leur rendre l'empire despotique qu'ils ont exercé durant dix-huit mois. Les corps administratifs séant dans la commune de Lyon ne paraissent pas avoir senti la dignité de leurs fonctions; et leur molle complaisance en de semblables conjonctures est aussi répréhensible que surprenante. Le maire, dans la journée du 25 prairial, a pré-

cians cette accusation. Voyez à cet égard le discours suivant que Chénier prononça à la Convention , dans la séance du 25 messidor an llï, en rétractation des faits qu'il impute dans le présent rapport à la commune d'Arles. Ce discours suit immédiateiricnt celui-ci. ilSdtc de V Editeur.

texte une indisposition pour ne pas se rendre à la municipalité, qui était alors en permanence. Des reproches amers s'élèvent pareillement contre le substitut de l'agent national de la Commune, contre l'accusateur public du tribunal criminel, et contre l'état-major de la garde nationale. Dix mille fusils de la manufacture de Saint -Etienne, destinés pour l'armée commandée par le général Rellermann , et distribués à la garde nationale de Lyon , en vertu d'un arrêté des Représentans du Peuple en mission sur les lieux, n'ont pas empêché quelques centaines de scélérats d'assouvir leur vengeance, et sont restés inutiles à Lyon, tandis qu'ils manquent à l'armée d'Italie. Gonchon , patriote chaud , mais humain , né dans la commune de Lyon, défenseur constant des principes des Lyonnais, ennemi prononcé des mesures atroces prises contre eux après le siège, Gonchon, que le Comité de Sûreté générale avait envoyé dans sa patrie pour y calmer les esprits trop agités, a failli être victime de son zèle civique. Il a été menacé de la mort dans les lieux publics, et jusque dans la maison du Représentant Boisset, par cette foule effrénée d'assassins habitués au meurtre. Un jour, entouré par eux dans un café, se voyant près d'être immolé, il prend le mouchoir de son jeune enfant qu'il menait avec lui , et lui met ce mouchoir dans la main en lui disant: (.< Mon fils.

2(i4 CONVENTION NATIONALE.

u on va tuer ton père : ramasse bien avec ce mou- « choir son sang prêt à couler, et prie ton oncle « de te mener à la Convention ; alors tu lui monte treras le sang de Gonchon, qui, ayant défendu c< avec courage les Lyonnais, a été, pour récom- « pense , assassiné par eux ! » Cette contenance ferme, cette éloquence naïve en imposèrent aux meurtriers. Un départ secret et précipité l'arracha au péril qui n'avait fait qu'augmenter pour lui.

La situation déplorable et pressante de cette Commune , situation attestée par une foule de lettres des Représentans et par d'autres indices aussi graves que certains, a profondément affecté vos Comités de Salut public et de Sûreté générale. Tous les membres qui les composent ont cru qu'il était absolument nécessaire de vous présenter sans délai des mesures prudentes, mais fortes, mais capables de ramener promptement la justice dans la commune de Lyon; de délivrer les bons citoyens, réduits à l'impuissance, du joug et de l'aspect des meurtriers; et de pacifier ces superbes contrées méridionales, qui offrent en tribut à la République la double opulence du territoire et de l'industrie.

Mais , disent les auteurs et les partisans des massacres actuels, on ne punit pas les terroristes. Eh! tel était aussi le langage des héros du 2 septembre 1792: ils accusaient le silence des tribu-

naux, la lenteur des jugemens légitimes. D'abord, il est facile de répondre aux uns et aux autres qu'ils n'ont reçu aucune mission déjuger, et qu'en massacrant même de grands coupables on devient plus coupable qu'eux. Mais est-il donc vrai qu'on ne veuille point punir les véritables agens de la terreur qui a pesé si long-tems sur la République? Ne sont-ils pas désarmés, jetés dans les prisons, livrés aux tribunaux criminels? La Convention nationale semble-t-elle vouloir traiter avec eux ? Victorieuse par son courage, et par son seul courage dans la journée du 9 thermidor, méritet-elle si peu de confiance? Mérite-t-elle surtout qu'on prolonge audacieusement sous ses yeux un nouveau cours d'attentats qui rappelle le règne sanglant de Robespierre? N'a-t-elle pas assez vigoureusement lutté pour les principes? N'a-t-elle pas affronté assez de périls? N'a-t-elle pas bravé les poignards du 12 germinal et des quatre premiers jours de prairial ? Ces portes brisées par les rebelles ne retracent-elles plus leurs forfaits et son intrépidité? Cette tribune ne porte-t-elle plus les vestiges du plomb parricide, et les marques vénérables du sang de Ferraud ? Notre vie entière n'appartient-elle pas à la Patrie? Si les citoyens ont souffert, si la République a gémi, avons-nous été exempts de la persécution générale? N'avonsnous pas à pleurer sur la tombe de nos frères et

de nos amis? Ces hommes éclairés, généreux et braves, n'ont-ils pas été immolés par le glaive impie des décemvirs? Et, si tout-à-coup la Providence qui veille sur les destinées de la France nous déclarait que notre sang est nécessaire pour consolider la République, ne verrait-on pas tous les Représentans du Peuple se lever avec enthousiasme , et cliacun de vous s'élancer à la tribune pour réclamer en sa faveur la priorité d'une mort si utile et si glorieuse?

Les meurtriers veulent faire croire que le Gouvernement approuve et dirige lui-même ces massacres. Les assassinats de Lyon se sont commis aux cris redoublés de f^i^^e la Constitution nationale! Tel est, Représentans, tel est, il faut bien en convenir, le système d'avilissement suivi avec opiniâtreté contre vous depuis votre première séance jusqu'à l'époque actuelle; système que, le 12 floréal dernier, trois comités réunis vous ont dénoncé par mon organe ' , et dont les plus incrédules sont aujourd'hui forcés de reconnaître le développement désastreux. Non, sans doute, des écrivains aguerris depuis soixante ans à l'esclavage et à la nullité ne parviendront point à vous avilir.

I. Voyez plus haut les discours prononcés par Chénier contre l'avilissement de la représentation nationale et sur la situation de la République. {^Notc de l'Éditeur.)

CONVENTIOIN INATIONALE. 267

en accumulant contre vous des pamphlets aussi méprisables que leurs auteurs; non, sans doute, ils n'aviliront point la Convention nationale, en attaquant par d'atroces calomnies et de plates injures plusieurs Représentans du Peuple dont la vie entière réfute assez la calomnie, qui ne daigneront jamais lui répondre que par des actions, et qui, dans toutes les circonstances, s'honoreront, devant leurs contemporains et devant la postérité , d'avoir été également odieux aux assassins royalistes et aux assassins démagogues; mais, lorsque des hommes sans morale et sans esprit public, prenant leur fanatisme pour une conscience, et le bruit qu'ils font pour l'opinion universelle , vous associent aux complots qu'ils méditent, et, tout couverts de forfaits, osent vous proclamer leurs complices, en vous chargeant de leurs bénédictions impies, alors, certes alors, ils cherchent à vous avilir; alors ils vous aviliraient, si, fidèles au Peuple que vous représentez, fidèles à la République que vous avez proclamée, fidèles à la justice de tous les tems et de tous les lieux, vous ne rejetiez loin de vous avec horreur ces nouveaux apôtres du carnage, qui surpassent en cfuauté les rivaux qu'ils prétendent punir. Hommes qui vous mettez à la place de la Loi! la Loi saura vous atteindre. Ennemis cruels de la Convention nationale, qui vous parez du manteau de sa

gloire, et la souillez du manteau sanglant de vos crimes! tremblez : la Convention nationale est en guerre avec tous les coupables. Vous êtes les missionnaires du Royalisme, et non pas ceux de la Justice. La justice n'est point exercée par des hommes de sang; l'humanité n'est point vengée par des meurtriers.

Et quel serait donc désormais l'espoir des Républicains qui, durant six années de révolution, purs d'intrigue et de tyrannie, ont bravé tant de périls, ont déjoué tant de complots, ont terrassé tant de factions? Vous, braves défenseurs de la Patrie! libérateurs de la Belgique et de la Hollande! vainqueurs du Palatinat! et vous qui avez planté l'étendard tricolore sur les hauteurs des Alpes, et sur le double sommet des Pyrénées! et vous qui, dans les départemens de l'Ouest, avez triomphé de la guerre civile! et vous qui avez défendu nos ports contre les ambitieux projets de l'Angleterre ! quel serait le prix de vos veilles, de vos fatigues, de vos sueurs, de vos combats? quelle serait la récompense du sang généreux que vous avez versé ? Ainsi , quatre années de victoires pour la République n'auraient d'autre résultat qu'une royauté nouvelle ; et la ligue de vos ennemis, devenue puissante à force de défaites, n'aurait supporté d'aussi fréquentes humiliations , d'aussi éclatans revers, que pour terrasser plus

CONVENTION NATIONALE. iGg

sûrement dans l'intérieur leurs adversaires invincibles dans les batailles! Et vous, Mânes glorieux des victimes du 3 octobre! Ombres des Représentans et des généraux persécutés par les tyrans couronnés, immolés par les tyrans populaires! la Royauté que vous avez abattue se relèverait du sein des ruines pour insulter à votre cendre ! elle irait au sein des tombeaux cbercher d'un regard avide les débris inanimés du béros de Spire et de Mayence % et la dépouille encore imposante des vingt-deux^, qui marchaient à l'écbafaud, comme nos armées à la victoire, en chantant l'hymne du triomphe, et en votant pour la République l'immortalité, qu'ils partageront avec elle!

Oh! qu'il me soit permis de rassembler de tous les points de la République les mânes épars de ces Représentans morts pour avoir défendu la Liberté contre la tyrannie anarchique et décemvirale! Qu'il me soit permis d'interroger, d'entendre délibérer au sein de la tombe ce sénat sanglant et funèbre; de replacer au milieu de vous, parmi leurs compagnons de proscription , d'infortune et de gloire, les présidens du lo août et tant d'autres soutiens de la Patrie! Du milieu de ces grands hommes, qui furent nos amis, et qui sont aujourd'hui nos modèles , voyez reparaître à la tribune ,

Page 1