I. Custine. 2. Les Girondins. (Notes de l'Éditeur
entendez encore la voix pathétique de cet orateur de la Gironde , dont les mots d'éloquence et d'humanité rappellent assez le nom célèbre. «Au nom c< de nos travaux et de nos périls communs (vous « dit Vergniaud), au nom des persécutions que « nous avons éprouvées, au nom de notre mort « injuste et honorable, au nom de notre sang « que vous voyez , le seul dont nous ayons été « couverts, méritez et justifiez vos victoires. Nos « mânes ne vous crient point vengeance ; ils vous « crient : la République et la Paix! Trop de sang « a souillé les autels de la Liberté; elle ne reste semble point à ces dieux cruels qui demandaient « des victimes humaines. Fermez le champ de car- « nage, repoussez avec indignation les méfiances « mutuelles qu'on voudrait vous inspirer, les a germes de division qu'on voudrait encore semer « parmi vous. Soyez tous réunis pour la Répu- « blique; soyez réunis contre l'anarchie, contre <i le crime, et pardonnez à l'erreur; la Clémence « est sœur de la Justice. Que, sous aucun motif, « sous aucun prétexte, la théorie du brigandage (c et de l'assassinat ne puisse triompher de la loi « violée . Si vous croyez devoir apaiser notre cendre , « apaisez-la par des lois sages; et, quand vous « aurez assis la liberté sur des fondemens durables, « venez alors près de nos tombeaux verser des « ^^mes consolatrices , venez nous apprendre vos
CONVENTION NvXTIONALE. i^i
« triomphes: ils seront encore les nôtres; et nos « mânes se soulèveront à votre voix pour se mêler « à vos fêles civiques, et chanter la République, « dont nous sommes les fondateurs et les mar- « tjrs. »
Amis et Collègues, nous irons tous! Nous avons honoré vos femmes et vos mères; nous célébrerons la fête funèbre; ces nouvelles Cornélies nous accompagneront; et nous pleurerons ensemble sur la cendre de nos Gracques. Vos mânes seront toujours présens dans cette assemblée : ils délibéreront avec nous; avec nous, ils triompheront de toutes les tyrannies , de toutes les anarchies. Lyon et les cités du midi de la France entendront la voix des martyrs du 3i mai unis aux vainqueurs du 9 thermidor et du 4 prairial. Une constitution sage, républicaine, organisatrice, aussi contraire au despotisme d'un seul qu'au despotisme de la multitude, s'élèvera bientôt sur les débris impurs de ce monument anarchique, dont la base était posée sur vos cadavres sanglans. La République, victorieuse de toutes les armées, de toutes les factions liguées contre elle, n'aura plus à gémir sur des forfaits impunis; et la Loi, vengeresse du crime, tutélaire des vertus, des talens, des propriétés, de l'industrie, purifiera nos brillantes contrées, qui fourniront un exemple éternel aux nations civilisées, et seront bientôt les délices de
tous les Républicains, de tous les hommes éclairés, de tous les amis du genre humain.
Ce rapport est fréquemment interrompu par des mouvemens d'horreur contre les faits et les coupables, et par de vifs applaudisscmens pour l'orateur.
Chénier propose ensuite un projet de décret, qui est unanimement adopté en ces termes :