‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiques (volume 5)Chapitre 98 sur 102 · Les tribuns Ganilh et Chazal. ( Idem · texte numérisé non relu

Les tribuns Ganilh et Chazal. ( Idem

droit vexatoire s'adoucissant pea-à-peu, à mesure que le commerce, libre par essence, créant des lettres-de-change au milieu de la persécution , se faisait jour à travers la barbarie y selon l'expression de Montesquieu. Ils ont trouvé ce droit aboli dans certaines villes de PVance : à Marseille et à Dunkerque, par exemple; aboli par des trai^ tés à l'égard de certaines nations, bientôt univer^ sellement repoussé par les publicistes, condamné par Turgot, évalué par M. Necker à un misérable produit de quarante mille écus. Ils ont trouvé enfin que le système de réciprocité, vrai système de guerre, était désavantageux en lui-même, mais spécialement désavantageux à la France, riche en productions, et dont l'intérêt sera toujours d'attirer dans son sein les capitaux et l'industrie de l'étranger. Ils ont conclu que l'Assemblée constituante avait rempli son devoir, en abolissant pour toujours ( ainsi parlait alors cette mémorable Assemblée) un droit que le grand Montesquieu, écrivant il y a plus d'un demi-siècle, plaçait à côté du droit de naufrage, et flétrissait du nom d'insensé.

On aurait dû répondre aux objections pressantes, aux faits nombreux, aux principes évidens exposés par les orateurs qui ont combattu le rétablissement du droit d'aubaine. Qu'a-t-on fait? On vous a dit qu'il fallait aimer la Patrie ;

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ce qui est une vérité constante, et chère à tous les Français, mais qui n'a pas été mise en question; qu'il fallait avoir un caractère national : ce qui est encore très-vrai, mais très-oiseux dans la discussion actuelle ; qu'en conséquence il ne fallait pas recevoir chez soi les étrangers sans exercer sur eux le droit d'aubaine : ce qui est bien la vraie question, mais ce qui n'est pas une conséquence immédiate des propositions précédentes, et de ce qu'il s'agit de démontrer. Par une transition singulière, on vous a parlé de nos défaites sous le règne de Louis XY; on a voulu les imputer au respect des troupes pour la tactique prussienne, tandis qu'il était si facile et si raisonnable de les attribuer au relâchement de la discipline militaire, à l'ascendant des maîtresses et des favoris, au mauvais choix des généraux, à la stupide insouciance du monarque. On vous a peint quelques étrangers déchirant la France au milieu de la Révolution, comme si les tems ordinaires devaient être jugés d'après la plus orageuse des époques; comme si les traités de commerce de-' vaient perpétuer la guerre; comme si, enfin, le Code civil de la République française était une loi de circonstance. On a voulu vous persuader que les étrangers vaincus durant sept années, et désespérant d'envahir la France, pourraient bien tramer le projet perfide d'acheter à vil prix nos

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tîhantiers, nos ports, les forêts nationales, tout le territoire français; et, sans doute pour empêcher ce nouveau genre de conquête, on a fait une sortie violente contre la secte des économistes: secte qui n'est pas aujourd'hui fort à craindre; qui ne l'a jamais été; dont les erreurs même vinrent de l'exagération du principe le plus respectable ; qui apprit aux Français les premiers élémens de l'économie politique ; qui, enfin, comptait parmi ses disciples des publicistes habiles, des philosophes éclairés, et le plus grand administrateur de la France durant le dix-huitième siècle, l'immortel Turgot.

Dans la dernière séance, un orateur' dont le discours est remarquable par la raison, la finesse et la sagacité, a réfuté ces assertions avec autant de soins que si elles eussent été des objections. S'attachant surtout à celle qui serait la plus grave si elle n'était la plus chimérique, il a exposé comment la concurrence progressive des acheteurs faisait monter progressivement le prix des immeubles; il a prouvé par les raisonnemens les plus simples, mais avec l'évidence mathématique, qu'il fallait se rassi irer sur nos chantiers , sur les forêts nationales; et que cette terrible coalition formée pour acheter à vil prix tout le territoire

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