‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 23 sur 145 · I . Necker · texte numérisé non relu

I . Necker

'1. I.afayclto.

V Bailly (Jran-Svlvaiii), élu maire de Paris eu 1789.

xVpÔtre de la tolérance, Bienfaiteur de l'humanité, Qui, durant soixante ans en France, Combattis pour la vérité; Voltaire, du sein d'Elisée, Prête-moi ces accens et cette aimable voix Par qui la raison même, en plaisir déguisée. Sur les humains séduits reprenait tous ses droits; Cette chaleur divine, et jamais épuisée.

Dont ton âme fut embrasée; El ce courage heureux qui bravait à la fois Le vil courroux des fanatiques.

Les cris des stupides critiques, Et la mauvaise humeur des rois.

Tes succès de bonne heure ont agrandi la scène. Plein d'amour pour la gloire, avec moins de talens,

Œuvres anciennes. JII. «^

Voltaire, ainsi que toi, dès mes plus jeunes ans

J'offris des vœux à Melpomène.

Les obstacles nombreux ne m'ont point arrêté; J'ai voulu rappeler la Melpomène antique; Et, dans les premiers jours de notre liberté, J'attachai sur son front, avec quelque fierté,

La cocarde patriotique.

J'ai servi les beaux-arts, j'ai vengé mes rivaux; Et, le premier de tous, j'ai franchi la barrière

Dont les censeurs, nommés royaux.

Avaient fermé notre carrière.

J'ai, parmi ces rivaux, trouvé beaucoup d'ingrats;

Car, en fait de reconnaissance.

L'espèce des auteurs, dont pourtant je fais cas, Avec celle des rois a de la ressemblance. Mais bien d'autres écueils ont entouré mes pas : Des Carmes-déchaussés la maie république,

Avant d'en connaître un seul vers.

S'avisait de juger mon ouvrage pervers.

Le tout par instinct prophétique; Et devant la commune, en très-mauvais français,

Poujaut, la veille du succès.

Me dénonçait comme hérétique.

Malgré son éloquente voix,

11 parut enfin cet ouvrage.

Où tous les préjugés, sapés avec courage, Ebranlés, abattus, s'écroulent à la fois;

Et qu'un citoyen véridi(jue,

Dans l'élan d'une âme énergique, Proclamait V Ecole des Rois.

Le soir, le lendemain, vingt lettres anonymes

M'annonçaient un assassinat:

J'allais être égorgé; mes vers étaient des crimes; Vengeurs des droits du peuple, ils renversaient l'Etat. Vieux seigneurs, histrions, courtisanes et prêtres,

Contre moi tout s'est déchaîné; Des Gantiers, des Chamois, disciple infortuné,

La férule de ces grands maîtres

M'a souvent un peu mal mené; Et , ne pouvant fléchir leur goût inexorable ^

Ainsi qu'un esclave coupable.

Je me vois tous les jours aux bêtes condamné.

De quelques vers heureux les cuisantes blessures.

Même lorsque ces beaux esprits Iraient dans le tombeau rejoindre leurs écrits, Me vengeraient encor de leurs faibles morsures.

Mais quoi! faut-il, à force d'art.

Rendre la sottise immortelle?

Faut-il que la race nouvelle Apprenne et l'existence et le nom d'un Suard? A changer la nature on ne saurait prétendre : Louis doit présenter un grand modèle aux rois;

Sieys doit inventer les lois

Que La Fayette doit défendre.

Tout suit aveuglément les ordres du destin :

Le cygne, au bord d'une onde pure, Fait entendre sa voix, honneur de la nature; La grenouille coasse en un marais voisin; L'eau doit baigner les champs ; les champs doivent produire; L'homme est né pour créer, le tigre pour détruire;

Le renard est fait pour tromper;

L'aigle pour fixer la lumière;

L'insecte et Chamois pour ramper

Entre la fange et la poussière.

Qui plus que toi , grand homme , a ressenti les coups

De ces gens qui, traînant leur vie

Dans une obscure ignominie, De tout ce qui reluit sont bêtement jaloux? Si tu frappais encor ces nocturnes hibous.

Blessés des rayons du génie!

Si tu vivais encor pour nous inspirer tous! Pour voir autour de toi l'Europe, rajeunie, A vingt usurpateurs redemander ses droits,

Et, sur les débris formidables De ce double pouvoir des prêtres et des rois,

Élever du trône des lois

\jes fondemens inébranlables!...

Tu nous as fait un demi-dieu

D'un agent de la tyrannie;

Et de ton brillant Hichelinu

J^a mémoire csl un peu ternie;

Il est d'autres héros qu'il te faudrait chanter: Pour la France et Louis tu monterais ta lyre; Et, rangés près de toi, sans pouvoir imiter Ton aimable et docte délire, Nous pourrions au moins t'écouter.

Page 66 j vers 4.

J'ai voulu rappeler la Melponiène antique; Et, dans les premiers jours de notre liberté, J'attachai sur son front, avec quelque fierté, La cocarde patriotique.

Non pas en composant la tragédie de Charles IX, qui était faite depuis long-temps; mais en ajoutant au rôle du chancelier de l'Hôpital seize vers, où il prédit la révolution.

Page 66, vers 8.

J'ai servi les beaux-arts, j'ai vengé mes rivaux;

Avant la révolution du mois de juillet, dans mon écrit sur la liberté du théâtre; depuis cette révolution, dans plusieurs ouvrages, où j'ai attaqué avec énergie toute espèce de censure; mais surtout dans ma tragédie de Charles IX , qui a brisé pour jamais les chaînes dont on avait chargé, en France, le génie des poètes dramatiques.

Page 66 , vers 17.

Des Carmcs-dccliaussés la niàlc république.

Avant d'en connaître un seul vers, S'avisait de juger mon ouvrage pervers.

Quelques citoyens du district des Carmes eurent la bonhomie, car il faut être poli, de dénoncer à leur district la tragédie de Charles IX, dont ils ne connaissaient que le nom. Ce district eut aussi la bonhomie, car il faut toujours être poli, de députer vers les comédiens français et la commune de Paris pour faire suspendre la représentation de la pièce; mais cette démarche n'eut point de suite.

Page 66 , vers 2 1 .

Et devant la commune, en très-mauvais français, Poujaut, la veille du succès, Me dénonçait comme hérétique.

C'est le 3 novembre, veille de la première représentation de Charles IX, que Cicéron Poujaut jugea à propos de dénoncer cette tragédie. Il n'en connaissait pas un mot, non plus que le district des Carmes. L'accusation d'hérésie n'est pas avérée, comme il est facile de le croire; mais la dénonciation est très-réelle. A l'objet du discours de l'orateur, et à son discours même, une partie de l'assemblée crut qu'il était subitement devenu fou; mais il est constant, malgré l'apparence, qu'en dénonçant Charles IX Cicéron Poujaut avait bien sa tête à lui, et qu'il n'était pas plus fou qu'à son ordinaire.

Page 66 , vers 28.

Et qu'un citoyen véridique.

Dans l'élan d'une âme énergique.

Proclamait VÉcole des Bois,

A la première représentation de Charles IX , au quatrième

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