LE MINISTRE
ET
i;homme de lettres.
I BlOOiQia — I
V><omment! c'est vous? Tant mieux. Soyez le bien-venu.
Au ministère , enfin , me voici parvenu ,
Tout prêt à m'occuper du bonheur de la France.
Si je n'écoute point une vaine espérance,
Comme ils vont , me chargeant de lauriers immortels ,
En vers alexandrins encenser mes autels !
Il se peut qu'en effet...
Mais un beau jour, vous-même, Voulez-vous point sur moi rimer quelque poëme ? Me chanter, m'applaudir?
Non. Soyez-en certain.
Non?
Qu'étiez- vous hier ? Un ennuyeux Robin ,
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De ces gens, toutefois, qu'on aime avec tendresse...
Ah!...
Pour leur cuisinier, ou bien pour leur maîtresse* Certes ! vous aviez là deux meubles excellens , Qui tiennent lieu d'esprit, de savoir, de talens. Gardez-les bien.
Tenez , je permets que l'on rie ; Mais trêve, en ce moment, à la plaisanterie. Mille gens aujourd'hui, que j'aime et que je croi, M'ont dit que dès long-temps on a les yeux sur moi, Que partout dans le monde on vante mes lumières.
Ces discours sont bien doux ; ils vous semblent sincères. Telle est l'humaine espèce; et jamais un flatteur N'eut à nos yeux déçus les traits d'un imposteur. Moi, qu'aucune raison n'engage à vous séduire, De ce qu'on dit de vous je veux bien vous instruire. Vos amis, je le crois, ont pu mieux vous juger; Très-souvent le public est injuste et léger : Marmontel s'en plaignit quand naguère au théâtre Le sifflet se souvint encor de Cléopatre'.
r. Clcopdtrc j tragédie de M. Marmontel, fut jouée et silflee pour la première fois en 1750. I/auleur l'a fait remettre au théâtre en 178/1 ; cl le pnl)li( l'a encore sifflée.
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Mais, enfin, ce public veut être respecté; Il condamne, il absout, de pleine autorité; C'est à lui qu'il faut plaire; et ce juge suprême Peut seul casser l'arrêt qu'il a porté lui-même. Vous ne sauriez pourtant l'accuser de rigueur : Il vous peint jusqu'ici comme un homme d'hoimeur, Sans esprit, maisbonhomme,et c'estbien quelque chose; Faible, et dont, par malheur, une Phryné dispose; Et, s'il faut librement vous parler jusqu'au bout, Aucuns ont prétendu que vous lui devez tout; Qu'au fond de son boudoir, puissante protectrice. Elle a de vos grandeurs élevé l'édifice.
Fi donc! fi! Mais comment croyez-vous à cela?
Comment prenez-vous garde à ces sottises-là?
Autant vaut écouter sur un point de musique
Les discours de Suard % et ce fin politique
Qui tient le sort des rois en ses bourgeoises mains ,
Rapatrie à son gré Rataves et Germains,
Ou, brouillant, sans raison, la France et l'Angleterre,
Tous les soirs au Caveau fait la paix ou la guerre.
Au poste oii me voici, non, j'ose m'en flatter.
Le beau sexe tout seul ne m'a pas fait monter;
I. M. Suard, de l'Académie française, se mêle quelquefois de donner des conseils sur la musique , quoiqu'il ne connaisse pas même la gamme. Il prétend que ses oreilles académiques doivent juger de tout. {Note de Chénier. )