‹ uvres complètes de M. J. Chénier, précédées de notices historiquesChapitre 50 sur 145 · LES NOUVEAUX SAINTS · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX SAINTS

de la tragédie de Zaïre. Quant à la difficulté vaincue, c'en est une sans doute d'avoir trouvé le moyen d'ennuyer avec de si puissans motifs d'intérêt, et dans un roman de deux cents pages. Si l'on en croit l'auteur dans sa modeste préface, il ne lit depuis long-tems qu'Homère et la Bible. Tant pis : il faut varier ses lectures, et ne pas redouter l'excès d'instruction. D'ailleurs c'est en grec qu'Homère a composé ses poèmes immortels ; et, quand l'esprit saint a cru devoir dicter la Bible, il n'a pas jugé à propos de la dicter en français. Or il semble que l'auteur à'Jtala, projetant d'écrire en notre langue, aurait surtout besoin d'en étudier à fond le génie, et de relire encore long-tems les modèles qui ont illustré notre belle littérature. L'auteur médite ce qu'il appelle un grand ouvrage , pour démontrer que la religion chrétienne est essentiellement poétique : le sujet est bien choisi; et l'ouvrage sera curieux à lire. On pourrait croire au premier aperçu que la mythologie d'Homère, de Virgile et d'Ovide, est un peu plus favorable à la poésie que les dogmes du christianisme.

L'idolâtrie encore est le culte des arts,

a dit un poète habile, qu'on n'accusera pourtant pas d'être ua esprit fort, un philosophe. Despréaux, poète plus habile encore, et législateur en matière de goût, n'était pas inlhiimeut frappé des beautés poétiques du christianisme. Cependant, toutes les fictions étant du domaine de la poésie, la religion chrétienne, tout comme une autre, a bien son côté poétique, soit dans le genre sérieux , soit dans le genre plaisant. Parmi les preuves dont l'auteur à'Jtala peut appuyer son système, il ne manquera pas doute de citer la Jérusalem délivrée et la Henriade ; il n'oubliera point Polyeucte , et d'autres chefsd'œuvre du théâtre français; il ne faut pas qu'il oublie non plus le divin poëme de l'Arioste, et la Pucelle de Voltaire, ouvrage charmant, ouvrage admirable, mais dont le nom seul alarme aujourd'hui les oreilles pudiques de quelques dévots de place. Ils aimeraient peut-être mieux la Pucelle de Chapelain : il est vrai qu'elle est plus catholique.

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