LIVRE VIL
» nos maîtres k saye, le lait, le fromage, la » maison de terre, la couche de peaux.
» Vous fûtes hier témoin du mariage de Mé- >i rovée. Un bouclier , une francisque , un canot » d osier, un cheval bridé, deux bœufs accouplés w ont été les présents de noces de l'héritier de la » couronne des Francs. Si , dans les jeux de son » âge, il saute mieux quun autre au milieu des » lances et des épées nues ; s'il est bi^ave à la guerre, » juste pendant la paix, il peut espérer après sa » mort un bûcher funèbre, et même une pyra- » mide de gazon pour couvrir son tombeau . »
» Ainsi me parloit Zacharie.
» Le printemps vint enfin ranimer les forêts du Nord. Bientôt tout changea de face dans les bois et dans les vallées : les angles noircis des rochers se montrèrent les premiers sur l'uniforme blancheur des frimas ; les flèches rougeàtres des sapins parurent ensuite, et de précoces arbrisseaux remplacèrent par des festons de fleurs les ci*istaux glacés qui pendoient à leurs cimes. Les beaux jours ramenèrent la saison des combats.
» Une partie des Francs reprend les armes , une autre se prépare à aller chasser l'uroch et les ours dans des contrées lointaines. Mérovée se mit à la tête des chasseurs , et je fus compris au nombre des esclaves qui dévoient l'accom-
pagner. Je dis adieu à Zacharie , et me séparai pour quelque temps du plus vertueux des hommes.
» Nous parcourûmes avec une rapidité incroyable les régions qui s'étendent depuis la mer de Scandie jusqu'aux grèves du Pont-Euxin. Ces forêts servent de passage à cent peuples barbares qui roulent tour à tour leurs torrents vers l'Empire romain. On diroit qu'ils ont entendu quelque chose au midi qui les appelle du septentrion et de l'aurore. Quel est leur nom , leur race , leur pays? Demandez-le au ciel qui les conduit y car ils sont aussi inconnus aux hommes que les lieux d'où ils sortent et où ils passent. Ils viennent ; tout est préparé pour eux : les arbres sont leurs tentes , les déserts sont leurs voies. Voulez-vous savoir où ils ont campé ? Voyez ces ossements de troupeaux égorgés , ces pins brisés comme par la foudre , ces forêts en feu , et ces plaines couvertes de cendres.
» Nous eûmes le bonheur de ne rencontrer aucune de ces grandes migrations ; mais nous trouvâmes quelques familles errantes auprès desquelles les Francs sont un peuple policé. Ces infortunés, sans abri, sans vêtement, souvent même sans nourriture, n'ont , pour consoler leurs maux , qu'une liberté inutile et quelques danses dans le désert. Mais lorsque ces danses