‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 11 sur 182 · LITRE TH · texte numérisé non relu

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sont exécutées au bord d'un fleuTedans la profondeur des bois, que l'écho répète, pour la première foîà, les accents d'une voix humaine, que l'ours regarde du haut de son rocher ces jeux de l'homme sauvage , on ne peut s'empêcher de trouver quelque chose de grand dans la rudesse même du tableau , de s'attendrir sur la destinée de cet enfant de la solitude , qui nait inconnu du monde, foule un moment des vallées où il ne repassera plus , et bientôt cache sa tombe sous la mousse des déserts, qui n'a pas même conservé l'empreinte de ses pas.

» Un jour , ayant passé l'Ister vers son epibouchure , et m'étant un peu écarté de la troupe des chasseurs , je me trouvai à la vue des flots du Pont-Euxin. Je découvris un tombeau de pierre sur lequel croissoit un laurier. J'arrachai les herbes qui couvroient quelques lettres latines , et bientôt je parvins à lire ce premier vers des élégies d'un poëte infortuné :

(c Mon livre , vous irez à Rome , et vous irez » à Rome sans moi. )>

» Je ne saurois vous peindre ce que j'éprouvai en retrouvant au fond de ce désert le tombeau d'Ovide, Quelles tristes réflexions ne fis-je point sur les peines de l'exil , qui étoient aussi les miennes , et sur l'inutilité des talents pour le

bonheur! Rome qui jouit aujourd'hui des tableaux du plus ingénieux de ses poètes y Rome a vu couler vingt ans d'un œil sec les larmes d'Ovide. Ah! moins ingrats que les peuples de TAu* sonie, les sauvages habitants des bords de fister se souviennent encore de TOrphée qui parut dans leurs forêts ! Ils viennent danser autoujr de ses cendres; ils ont même retenu quelque chose de son langage : tant leur est douce la mémoire de ce Romain , qui s accusoit d 'être le Barbare , parce qu'il n étoit pas entendu du Sarmate !

» Les Francs n'avoient traversé de si vastes contrées, qu'afîn de visiter quelques tribus de leur nation , transportées autrefois par Probus , au bord du Pont-Euxin. Ptous apprîmes, en arrivant, que ces tribus a voient disparu depuis plusieurs mois , et qu'on ignoroit ce qu'elles étoient devenues. Mérovée prit à l'instant la résolution de retourner au camp de Pharamond.

)) La Providence avoit ordonné que je retrouverois la liberté au tombeau d'Ovide. Lorsque nous repassâmes auprès de ce monument , une louve qui s'y étoit cachée pour y déposer ses petits , s'élança sur Mérovée. Je tuai cet animal furieux. Dès ce moment, mon jeune maître me promit de demander ma liberté à son père. Je devins son compagnon pendant le reste de la chasse. Il me faisoit dormir à ses côtés. Quelquefois je

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