LIVRE XIV
terre. Tous les poisons du monstre infernal ont passé dans l'âme de l'ennemi des Fidèles. Il s'é- Jance de son lit , les cheveux hérissés. Il appelle ses gardes : il veut devancer les ordres d'Auguste; il veut qu'on arrête les Chrétiens, qu'on disperse leurs assemblées; il parle de conspiration , d'un projet fatal à l'Empire.
«Il faut du sang, s'écrie-t-il ! . . . . • Un feu
dévorant coule dans tous les cœurs. ..... Ne
consultons point les entrailles des victimes : les vœux, les prières, les autels ne peuvent rien pour nous I »
L'insensé ! bientôt Jes délateurs arrivés de Lacédémone lui confirment la vérité du songe qui le poursuit.
Eudore, résigné aux décrets de la Providence, et désirant avec ardeur la gloire du martyr, ne croyoit pas toutefois l'orage si près de sa tête : il s'oecupoit à perfectionner son âme ppur se rendre digne à la fois, et des destinées que Paul lui avoit prédites , et de l'épouse que Dieu lui avoit choisie. Dans une terre dont le maître s'est éloigné , on voit un arbre de riche espérance devenir stérile ; le maître , après quelques années d'absence, rentre à sa demeure; il retourne à son arbre chéri, il coupe les branches blessées par la chèvre , ou rompues par les
vents; l'arbre reprend une vigueur nouvelle, et
bientôt sa tête s'iDcline sous le poids de ses fruits parfumés : ainsi le fils de Lasthénès^ abandonné de Dieu, avoit langui faute de culture; mais quand le père de famille rentra dans son héritage, et donna ses soins h la plante de son amour , Eudore se couronna des vertus que son enfance avoit promises.
Il touchoit à l'accomplissement d'une partie de ses vœux; il alioit recevoir la foi de Cymodocée. La nouvelle catéchumène avoit mérité par son intelligence, sa pureté et sa douceur, d'être admise aux deux degrés d'auditrice et de postulante. Elle devoit paroitre à l'église^ pour la première fois, le jour d'une fête consacrée k la Mè^e du Sauveur; fiancée après la célébration dtô mystères, elle étoit destinée à jurer dans le même moment fidélité à son Dieu et à son époux.
Les premiers Chrétiens choisiasoient surtout le silence des ombres , pour accomplir les cérémonies de leur culte. Le jour qui précéda la nuit où Gymodocée triompha de TEnfer , ce jour se passa dans les méditations et les prières. Vers le soir, Séphora et ses deux filles commencèrent à parer la nouvelle épouse. Elle se dépouilla d'abord des ornements des Muses ; elle déposa sur up autel doàiestique, consacré à la reine des Anges, son sceptre, son voile et ses