‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 101 sur 182 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

bandelettes : sa lyre étoit restée au' temple d'Homère. Ce ne fut pas sans répandre des larmes que Cymodocée se sépara des marques gracieuses de sa religion paternelle. Une tunique blanche , une couronne de lis lui tinrent lieu des perles et des colliers que ne portoient point les Chrétiennes. La pudeur évangélique remplaça sur ses lèvres le sourire des Muses , et lui donna des charmes dignes du cieL

A la seconde veille de la nuit , elle sortit au milieu des flambeaux, portant un flambeau elle-même. Elle étoit précédée de Cyrille , des prêtres , des veuves et des diaconesses ; le chœur des vierges Fattendoit à la porte. Quand elle parut, la foule qu'attiroit cette cérémonie poussa un cri d'admiration. Les Païens disoient :

a C'est la fille de Tyndare, couronnée des » fleurs du Flataniste, et prête à passer dans » le lit de Ménélas ! C'est Vénus , lorsqu'elle » eut jeté ses bracelets dans l'Ëurotas y et » qu'elle se montra à Lycurgue sous les traits » de Minerve ! »

Les Chrétiens s'écrioient :

« Cest une nouvelle Eve ! c'est l'épouse du » jeune Tobie ! c e^t la chaste Susanne l c'est » Esther ! »

Ce nom d'Ësther, donné par la voix dii peuple fidèle, devint aussitôt le nom chrétien de Cymodocée.

Près du Lescké , et non loin des tombeaux des rois Agides , les Chrétiens de Sparte avoiçnt bâti une église. Éloignée du bruit et de la foule , environnée de cours et de jardins, elle étoit séparée de tout' oionument profane. Après avoir passé un péristyle décoré de fontaines où les Fidèles se pnrifioient avant la prière , on trouvoit trois portes qui conduisoient à la basilique. Au fond de Téglise^ à l'orient, on apercevoit ïautel, et derrière Fautelle sanctuaire. Cet autel d'or massif, enrichi de pierreries, cou vi'oit le corps d un martyr ; quatre rideaux d'une étofie précieuse renvironnoient. Une colombe d'ivoire , image de l'Esprit-Saint , étoit suspendue, audessus de l'autel, et protégeoit de ses ailes le tabernacle. Les murs étoient décorés de tableaux qui représentoient des sujets tirés de FEcriture. Le baptistère s'élevoit isolé à la porte de l'église , et faisoit soupirer ^impatient catéchumène.

Cymodocée s'avance vers les saints portiques. Un contraste étonnant se faisoit remarquer de toutes parts : les filles de Lacédémone, encore attachées à leurs dieux , paroissoient sur la route avec leurs tuniques en tr'bu vertes, leur air Kbre, leurs regards hardis : telles elles dan soient aux

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