TOME XVIII
lousie se cache sous la figure d'un vieil Augure , confident des peines secrètes d'Hiéroclès. Il prend le visage ridé de Tantique devin , sa voix sombre , son front chauve et sa pâleur religieuse. Sa tête est couverte d'un long voile ; les bandelettes sacrées descendent sur ses épaules ; il s'approche du lit de l'impie comme un songe funeste. Du rameau qu'il tient à la main il touche la poitrine d'Hiéroclès :
« Tu dors, lui dit-il, et ton ennemi triom- » phe! Cymodocée, conduite à Lacédémone, » embrasse la religion des Chrétiens , et va bien- » tôt devenir l'épouse du fils de Lasthénès ! Ré- » veille- toi, saisissons ta proiç; et, pour l'en- » lever à ton rival, perdons , s'il le faut, la race )> entière des Chrétiens. »
' En achevant de prononcer ces mots, le Démon de la jalousie arrache de sa tête le voile et les bandelettes sacerdotales. Il reprend son horrible forme ; il se penche sur Hiéroclès : il le serre étroitement dans ses bras et fait couler sur lui un sang impur. Rempli de terreur, l'infortuné se débat sous le poids du fantôme et se réveille en poussant un cri : tel un homme enseveli vivant au champ des tombeaux sort avec effiroi de sa léthargie, frappe du front son cercueil, et fait entendre une plainte dans le sein de la