‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 106 sur 182 · LI\RE XIV · texte numérisé non relu

LI\RE XIV

)» la vierge s'avance ! La pudeur ralentit ses pas ; » elle pleure en quittant la maison paternelle. » Viens, nouvelle épouse^ un mari fidèle se veut » reposer sur ton sein.

» Que des enfants plus beaux que le jour » sortent de ce fécond hyménée. Je veux voir » un jeune Eudore suspendu au sein de Cymo- » docée y tendre ses foibles mains à sa mère , et » sourire doucement au guerrier qui lui donna » le jour ! »

Ainsi les deux religions se réunissoient pour célébrer Tunion d'un couple qui sembloit heur reux , à l'instant même où les plus grands périls menaçoient sa tête. A peine les chants d'allé*gresse avoient cessé, que l'on entend retentir le pas régulier des soldats et le bruit des armes« Une rumeur confuse s'élève dans les airs, des hommes farouches entrent dans l'asile de la paix, le fer et la flamme à la main. La foule épouvantée se précipite par toutes les portes de l'église. Etouffés dans les étroits passages de la nef et des vestibules, les femmes, les enfants, les vieillards poussent des cris lamentables; tout fuit, tout se disperse. Cyrille, revêtu de ses habits pontificaux, et tranquille devant le Saint des Saints, est arrêté à l'autel. Un centurion chargé des ordres d'Hiéroclès

cherche Gymodocée , la reconnolt au milieu de la foule , et veut porter sur elle une main pro^ fane. A l'instant, Eudore, cet agneau paisible^ devient un lion rugissant. Il se précipite sur le centurion, lui arrache son épée, ia brise, et saisissant dans ses bras la fille de Déraodocus, il l'emporte à travers les ombres, l-e centurion désarmé appelle ses soldats et poursuit le fils de Lasthénès. Ëudore redoublant de vitesde touche déjà la tombe de Léonidas ; mais il en-* tend derrière lui la marche précipitée des satellites d'Hiéroclès. Ses forces épuisées trompent son amour ; il ne peut plus porter son fardeau ^ il dépose son épouse derrière le monument sacré. Auprès du tombeau s'élevoit le trophée d*armes des guerriers des Thermopyles. Eudore saisit la lance du roi de Lacédémone : les soldats arrivent. Prêts à s'élancer sur le Chrétien, ils croient voir , à la lueuf de leurs torches , l'ombre magnanime de Léonidas , qui d'une main tient sa lance , et de l'autre embrasse son sépulcre. Les yeux du fils de Lasthénès étincèlent ; il secoue dans la nuit sa noire chevelure ; le fer de sa lance brise et renvoie en mille éclairs la lueur des flambeaux : moins teiTible parut aux Perses Léonidas lui-même, dans cette nuit où, pénétrant jusqu'à la tente de Xerxès, il remplit de meurtre et d'épouvante le camp des Barbai*es*

Page 1