‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 12 sur 182 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

lui parlois de la bataille sanglante où je Tavois TU traîné par trois taureaux indomptés, et il tressaiiloit de joie au souvenir de sa gloire. Quelquefois aussi je Tentretenois des coutumes et des traditions de mon pays ; mais de tout ce que je lui racontois , il n écoutoit avec plaisir que l'histoire des travaux d'Hercule et de Thésée. Quand j'essayois de lui faire comprendre nos arts , il brandiâsoit sa framée , et me disoit avet; impatience : « Grec , Grec, je suis ton maître ! »

» Après une absence de plusieurs mois , nous arrivâmes au camp de Pharamond. La hutte royale étoit déserte. Le chef à la longue chevelure avoit eu des hôtes : après avoir prodigué en leur honneur tout ce qu'il possédoit de richesses , il étoit allé vivre dans la cabane d'un chef voisin , qui , ruiné à son tour par le monarque Barbare , s'étoit établi avec lui chez un autre chef. Nous trouvâmes enfin Pharamond goûtant, assis à un grand repas, les charmes de cette hospitalité naïve , et il nous apprit le sujet de ces fêtes.

» Au milieu de la mer des Suèves, se voit une île , appelée Chaste , consacrée à la déesse Hertha. La statue de cette divinité est placée sur un char toujours couvert d'un voile. Ce char, traîné par des génisses blanches, se promène à des temps marqués au milieu des nations

germaniques. Les inimitiés sont alors suspendues , et pour un moment les forêts du Nord cessent de retentir du bruit des armes. La déesse mystérieuse yenoit de passer chez les Barbares , et nous étions arrivés au milieu des réjouissances que cause son apparition. Zacharie eut à peine un moment pour me serrer dans ses bras. Tous les chefs étoient convoqués au banquet solennel : on dey oit y traiter de la conclusion.de la paix y ou de la continuation de la guerre avec les Romains. Je fus chargé du rôle d'échanson , et Mérovée prit sa place au milieu des guerriers.

V Ils étoient rangés en demi-cercle , ayant au centre le foyer où s apprêtoient les viandes du festin. Chaque chef, armé comme pour la guerre, étoit assis sur un faisceau d'herbes, ou sur un rouleau de peaux; il avoit devant lui une petite table séparée des autres, sur laquelle on lui servoit une portion de la victime , selon sa vaillance ou sa noblesse. Le guerrier reconnu pour le plus brave ( et c*étoit Mérovée ) occupoit la première place. Des affranchis , armés de lances et de boucliers , portoientçà et là des trépieds chargés de viande, et des cornes d'uroch pleines de liqueur de froment.

» Vers la fin du repas , on commença à délibérer. Il y avoit dans la ligue des Francs un Gaulois, appelé Camulogèpes, descendant du

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