LIVRE XV
la Grèce , à tra verser les mers , à vivre soms des cieux étrangers , loin 4e votre père , loin de celui que vous avez dioisi pour épous. Ahl si je ne croyois vou» ouvrir les cieux et vous conduire à des félicités éternelles, pourrois-je vous demander de pareilles marques d'attachement? Pourrqi^je espérer qu'un amour humain vous fît faire des choses si douloureuses ? »
r— . « Tu pourrois , repartit Cymodocéè en larmes, me demander mon repos et ma vie : le bonheur de faire qi(elque ohose pour toi < me paieroit de tous nies sacrifices. Si je t'aimois seulement comme mon époux , rien encore ne pie seroi^; impossible. Que dois-je donc faire à présent que ta religion ixi'appreûd à t'aimer pour le ciel et pour Dieu iiiême? Je ne pleure pas sur moi , mais sur les chagrins de mon père, et sur les dangers que tu vas courir. »
— ' « la plus belle des filles de la nouvelle Sion ! répondit Ëudore , ne craignez point les périls qui peuvent menacer ma tête; priez pour pioi,: Dieu exaucera les voeux d'une àme aussi pure<i La mort même, ô Gymodocée! n'est point un mal, quand elle nous rencontre accompagnés de la ver^u! D'ailleurs des destinées tranquilles et ignorées ne nous mettent point à l'abri de ses traits ; elle nous surprend dans la couche de nos aïeux , comme sur une terre étrangère. Voyez
ces cicognes, qui s'élèvent en ce moment des bords de lllissus; elles s^envolent tous les ans aux rives de Cyrène, elles reviennent tous les ans aux champs d'Érechthée ; mais combien de fois ont-elles retrouvé déserte la maison quelles avoient laissée florissante ! Combien de fois ont-^ elles cherché en vain lé toit même où elles avoient accoutumé de bâtir leurs nids ! »
— « Pardonne , dit Gymodocée, pardonne ces frayeurs à une jeune fille élevée par des dieux moins sévères,' et qui permettent les larmes aux amants près de se quitter !»
A ces mots., Gymodocée étouffant ses pleurs^ se couvrit le visage de son voile. Eudbre prit dans ses mains les maiïis deson épouse; il les pressa chastement sur ses lèvres et sur son cœur.
«Gymodocée, dit-il, bonheur et gloire de ma vie , que la douleur ne vous fasse pas blasphémer une religion divine. Oubliez ces dieux qui ne vous offroient aucune ressource contre les tribulations du cœur. Fille d'Homère , mon Dieu est le Dieu des âmes tendres, l'ami de ceux qui pleurent, le consolateur des àfiligés; c'est lui qui entend sous le buisson la voix du petit* oiseau , et qui mesure le Vent pour la brebis tondue. Loin de vouloir vous priver de vos larmes, il les bénit; il vous en tiendrai compte