‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 116 sur 182 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

quan4 il vous visitera à votre dernière heure, puisque vous les versez pour lui et pour votre époux. »

A ces dernières paroles, ]a voix d'Ëudore s altéra. Cymodocée se découvre le visage : elle aperçoit la noble figure du guerrier inondée des pleurs qui descendoient le long de ses joues brunies. La gravité de cette douleur chrétienne, ce combat de la religion et de la nature, donnoient au fils de Lasthénès une incomparable beauté. Par un mouvement involontaire , la fille de Démodocus alloit tomber aux genoux d'Ëudore; il la retient entre ses bras, il la presse tendrement sur sou cœur; tous les deux demeurent ravis dans une sainte et douce extase : tels parurent sans doute à lentrée de la tente de Laban, Rachel et Jacob se disant un triste adieu : le fils dlsaac étoit obligé de garder les troupeaux durant sept nouvelles années , pour obtenir son épouse.

Démodocus sortit alors des bâtiments du temple ; oubliant qu'il avoit consenti au départ de sa fille, les chagrins de son cœur s exhalent aussitôt en plaintes amères :

« Comment, s'écrie- 1- il, as-tu la barbarie d'arracher une fille à son père? Du moins, si mia Cymodocée étoit ton épouse, si vous me laissiez l'un et l'autre un aimable enfant qui pût

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