‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 118 sur 182 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

si Vous oraigûeft pdur elle les persécutions d'Hië- ;r0elès, supportes uiie séparation qui, je lespère , ne sera point de longue durée , et qui met Cy modocée à Tabri des plus grands malheurs.

Démodocus, Dieu dispose de nous comme il lui plaît ; notre devoir est de nous soumettre à sa volonté suprême. »

— ((0 mon fils ! repartit Démodocus ^ excuse 'ïna douleur ; je le sens , je suis injuste : tu ne mérites pas les reproches que je te faife ; tu sauves au contraire ma Cymodocée des persécutions d'un impie; tu la mets sous la protection d'une princesse magnanime ; tu lui apportes de ^ands biens et un nom illustre. Mais comment rester seul dans la Grèce? Oh! que ne suis-je libre de quitter les sacrifices que les peuples ont confiés à mes soins? Que n ai-je Tàge où je parcourois les villes.et les pays étrangers , pour apprendre à connoître les hommes? Gomme je suivrois ma Cymodocée! Hélas! je ne te verrai donc plus danser avec les vierges sur le scmimet de rithome ! Rose de Messénie , je te chercherai en vain dans les bois du temple ! Gymodocée , je n'entendrai plus ta douce voix retentir dans les chceurs des sacrifices ; tu ne me présenteras plus l'orge nouvelle ou le couteau sacré ; je contemplerai , suspendue à l'autel , ta lyre couverte de poussière et ses cordes brisées; mes yeux

pleins de larmes verront se dessécher aux pieds de la statue d'Homère les couronnes de fleurs quembellissoit ta clievèlure. Hélas ! j avois compté sur toi pour me fermer les yeux; je mourrai donc sans pouvoir te bénir en quittant la vie? Le lit où j'exhalerai mon dernier soupir sera solitaire ; car, ma fille , je n espère plus te revoir ; j'entends le ' vieux Nocher qui m'appelle; à mon âge, il ne faut pas compter sur lès jours : lorsque la graine de la plante est mûre et séchée , elle devient légère , et le moindre vent l'emporte. »

Gomme le prêtre d'Homère prononçoit ces mots, des applaudissements font retentir le théâtre de Bacchus; l'acteur qui représeatoit Œdipe à Colonne , élève la voix , et ces paroles viennent frapper les oreilles d'Eudore, de Démodocus et de Cymodocée :

c( O Thésée ! unissez dans, mes mains vos » mains à celle de ma fille ! Promettez-moi de » servir de père à ma chère Antigonç!»

— « Je le promets , s'écria Eudore , appliquant à ses destinées les vers du poëte. )>

— « Elle est donc à toi » , dit Démodocus en lui tendant les bras !

Eudore s'y précipite, le vieillard presse ses

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