LIVRE VIL
fameux vieillard qui défendit Lutèce contre Labiénus, lieutenant de Jules. Élevé parmi les quarante mille disciples des écoles d'Augustodunum ^, il avoit perfectionné une éducation brillante fious les rhéteurs les plus célèbres de Marseille et de Burdigalie ^; mais Tinconstance natureUe aux Gaulois y et un caractère sauvage, Tavoient jeté d abord dans la révolte des Bagaudes. Ces paysans soulevés furent domptés par Maximien , et Gamulogènes passa chez les Francs , qui Tadoptèrent à cause de sa valeur et de ses richesses. Les prêtres du banquet de Pharamond ayant fait faire silence , le Gaulois se leva , et peut-être lassé secrètement d'un long exil, il proposa d'envoyer des députés à César. Il vanta la discipline des légions romaines, les vertus de Constance, les charmes de la paix , et la douceur de la société.
' « Qu'un Gaulois nous parle de la sorte , répondit Chlodéric, chef d'une tribu des Francs, cela ne doit pas nous surprendre : il attend quelques récompenses de ses anciens maîtres.
J'avoue que le cep de vigne d'un centurion est plus facile à manier que ma framée, et qu'il est moins périlleux d'adorer César sur la pourpre au Capitole, que de le mépriser dans cette
^ Autun. — 2 Bordeaux.
hutte sur une peau de loup. Je les ai vus dans Rome même ces avides possesseurs de tant de palais, qui sont assez à plaindre pour désirer encore une cabane dans nos forêts : croyez-moi, ils ne sont pas si redoutables que la frayeur d un Gaulois vous les représente. Conquis par cette nation de femmes, les Gaulois peuvent demander la paix s'ils le veulent; pour Cblodéric^ il sent en lui quelque chose qui le porte à brûler le Capitole , et à eâfacer le nom romain de la terre, » ^
» L'assemblée applaudit à ce discours , en agitant ]es lances et en frappant sur les boucliers.
« Allez, allez donc à Rome , repartit le Gaulois avec impéjtuosité. Que faites-vous ici cachés dans vos forêts? Quoi, braves, vous parlez de passer le Tibre , et vous n'avez pu encore franchir le Rhin ! Les serfs gaulois , conquis par une nation de femmes ^ n'étoient pas assis tranquillement à un repas lorsqu'ils ravageoient cette ville que vous menacez de loin. Ignorez-vous que l'épée de fer d'un Gaulois a seule servi de contrepoids à l'empire du monde ? Partout où il s'est remué quelque chose de grand , vous trouverez mes ancêtres. Les Gaulois seuls ne furent point étonnés à la vue d'Alexandre. César les combattit dix ans pour les soumettre , et Vercingétorix auroit soumis César si les Gaulois n'eussent été