LIVRE XV
M vierge imprudente , en changeant de religion , ^ t'ojQ[re une espérance nouvelle. Si tu peux dé- » .terminer les princes à persécuter les Chrétiens , » ton rival se trouvera d'abord enveloppé dans » le massacre ; tu vaincras ensuite la fille d'Ho-- » mère par la crainte des tourments , ou tu la j> réclameras comme une esclave chrétienne )) échappée à ton pouvoir. »
Le sophiste , qui prend ces conseils pour les inspirations de son cœur, s'applaudit de la pro** fondeur de son génie : il ne sait pas qu'il n'est que l'instrument des projets de Satan contre la jCroix. Plein de ces pensées, le proconsul s'étoit précipité des montagnes de TArcadie , comme le torrent du Styx qui tombe de ces mêmes montagnes , et qui donne la mort à tous ceux qui boivent de ses eaux. Il passe en Epire, s'embarque au promontoire d'Actium , aborde à Tarente , et ne s'arrête qu'auprès de Galérius , qui profanoit alors à Tusculum les jardins de Cicéroii.
César étoit environné dans ce moment des sophistes de l'école, qui se prétendoient aussi persécutés parce qu'on méprisoit leurs opinions- Ils s'agitoient pour être consultés sur la grande question que l'on alloit débattre. Ils se disoient juges naturels de tout ce qui concerne la reli-
gion des hommes. Ils avoient supplié Dioclétien de leur donner comme aux Chrétiens un orateur au sénat. UEmpereur , importuné de leurs cris , leur avoit accordé leur demande. L'arrivée d'Hiéroclès les remplit de joie. Ils le nomment orateur des sectes philosophiques. Hiéroclès ac-* cepte un honneur qui flatte sa vanité, et lui fournit l'occasion de se rendre accusateur des Chrétiens. L'orgueil d'une raison pervertie , et la fureur de l'amour , lui font déjà voir les Fidèles terrassés, etCymodocée dans ses hras. Galérius, dont il corrompt l'esprit et seconde les projets , lui accorde une protection éclatante, et lui permet de s'exprimer au Capitole avec toute la licence' des opinions des faux sages. Symmaque, pontife de Jupiter , doit parler en faveur des anciens dieux de la patrie.
Le jour qui alloit décider du sort de la moitié des habitans de l'Empire , le joyr où les (lestinées du genre humain étoient menacées dans la religion de Jésus-Christ, ce jour si désiré, si craint des Anges, des Démons et des hommes, ce jour se leva. Dès la première blancheur de l'aube, les gardes prétoriennes occupèrent les avenues du Capitole. Un peuple immense étoit répandu sur le Forum, autour du temple de Jupiter-Stator , et le long du Tibre jusqu'au théâtre de Marcellus . ceux qui n'avoient pu trouver