‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 14 sur 182 · L1\RE VII · texte numérisé non relu

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divisés. Les lieux les plus célèbres dans l'univers ont été assujettis à mes pères. Ils ont ravagé la Grèce, occupé Bysance, campé sur les ruines de Troie, possédé le royaume de Mithridate, et vaincu au delà du Taurus ces Scythes qui n avoient été vaincus par personne. Le destin de la terre paraît attaché à mes ancêtres, comme à une nation fatale et marquée d'un sceau mystérieux. Tous les peuples semblent avoir ouï successivement cette voix qui annonça Far rivée de Brennus à Rome , et qui disoit à Géditius, au milieu de la nuit : « Céditius, va dire » aux tribuns que les Gaulois seront demain ici. )>

» Gamulogènes alloit continuer, lorsque Ghlodério^Finterrompant par de bruyants éclats de rire, frappant du pommeau de son épée la table du festin, et renversant son vase à boire, s'écria :

« Rois chevelus, avez-vous conipris quelque chose aux longs propos de cette prophétesse des Gaules. Qui de vous a entendu parler de cet Alexandre, de ce Mithridate ? Gamulogènes , si tu sais faire de grands discours dans la langue de * tes maîtres , épargne-toi la peine de les prononcer devant nous. Nous défendons à nos enfants d'apprendre à lire et à écrire, cet art de la servitude : nous ne voulons que du fer , des combats , du sang. »

» Des cris tumultueux s'élevèrent dans le con^ seil des Barbares. Le Gaulois, se vengeant de Vinsuite par le mépris :

« Puisque le fameux Ghlodéric ne connoit pas Alexandre, et n'aime pas les longs discours , je ne lui dirai qu un mot : Si les Francs n ont pas d'autres guerriers que lui pour porter la flamme au Capitole , je l<eur conseille d'accepter la paix à quelque prix que ce puisse être. »

■^ — (( Traître, s'écria le Sicambre écumant de rage , avant que peu d'années se soient écoulées , j'espère que ta nation changera de maître. Tu reconnoîtras en cultivant la terre pour les Francs, quelle est la valeur des rois chevelus. »

— « Si je n'ai que la tienne à craindre , repartit ironiquement le Gaulois , je ne me donnerai pas la peine de recueillir l'œuf du serpent à la lune nouvelle, afin de me mettre à l'abri des malheurs que me prépare Tentâtes. »

» A ces mots , Ghlodéric furieux tendit à Camulogènes la pointe de sa framée, en lui disant d'une voix étouffée par la colère :

« Tu n'oserois seulement y porter la vue. »

— « Tu mens, repartit le Gaulois, tirant son épée , et se précipitant sur le Franc. »

» On se jeta entre les deux guerriers. Les prêtres firent cesser ce nouveau festin des Gentaures et des Lapithes. Le lendemain, jour où la lune

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