‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 180 sur 182 · SUR LE QUATORZIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

SUR LE QUATORZIÈME LIVRE

PREMIÈRE REMARQUE

Page 185. A l'entrée de rHermeum, etc.

On appeloit Hermeum en Grèce certains défilés de montagnes, où Ton plaçoit des statues de Mercure. Plusieurs Hermeum conduisoient de la Messénie dans la Laconie et dans r^i^^die. Je fais suivre à Démodocus l'Hermeum que j*ai moi-même traversa.

II*

Page 185. Cachée parmi des genêts à demi brûlés.

Voici un passage de mon Itinéraire :

Route de la Messénie à Tripolizza. — «Après trois » heures de maixhe , nous sortîmes de l'Hermeum, assez » semblable* dans cette partie au passage de l'Apennin , » entre Pérouse et Tarni. Nous entrâmes dans une plaine V cultivée qui s'étend jusqu'à Léontari. JVous étions là » en Arcadie, sur la frontière de la Laconie. On convient » généralement que Léontari n'est point Mégalopolis.... » Laissant à droite Léontari , nous traversâmes un bois » de vieui chênes , reste vénérable d'une forêt sacrée, v Nous vîmes le plus beau soleil se lever sur le mont » Borée. Nous mimes pied à terre au bas de ce mont , » pour gravir un chemm taillé perpendiculairement dans » le, roc. G'étoit un de ces chemins appelés chemin de » l'Echelle, en Arcadie... Nous nous trouvions dans le » voisinage d'une des sources de l'Alphée. Je mesurois

» avidement des yeux les ravines que je rencontrois t » tout ctoit muet et desséché. Le chemin qui conduit du » Borée à Tripolizza traverse d'abord des plaines dé- » sertes, et se plonge ensuite dans une longue vallée de j> pierres. Le soleil nous dévoroit. A quelques buissons » rares et brûlés étoient suspendues des cigales qui se » taisoient à notre approche. Elles recommençoient leurs » cris dès que* nous étions passés. On n'entendoit que » ce bruit monotone , le pas de nos chevaux et la chan- » son de potre guide. Lorsqu'un postillon grec monte à » cheval , il commence une chanson qu'il continue pen- » xiant toute la route. C'est presque toujours une » longue histoire rimée qui charme les ennuis des des- » cendants de Linus. Il me semble encore ouïr le chant » de mes malheureux guides ; la nuit , le jour , au lever, » au coucher du soleil, dans les solitudes de l'Arcadie,. » sur les bords de l'Eurotas, dans les déserts d'Ai'gos, » de Gorinthe, ^e Mégare; beaux lieux où la voix » des Ménades Joe retentit plus, où les concerts des » Muses ont cesse, où le Grec infortuné semble seule- » ment déplorer dans de tristes complaintes les malheurs » de sa patrie, a

Soli periti cantare

Arcades !

Page 186. C'est par le même chemin que Lyciscus, etc.

Dans la première guerre de Messénie, l'oracle promit la victoire aux Messéniens , s'ils sacrifioient une jeune fille du sang d'Epytus. Il y avoit plusieurs filles de la race des Epytides. On tira au sort , et le sort tomba sur la fille de Lyciscus. Celui-ci préféra sa fille à son pays , et * s'enfuit avec elle à Sparte. Aristodème offrit volontairement sa fille pour remplacer celle de Lyciscus. La fille d' Aristodème étoit promise en mariage à un jeupe homme qui , pour la sauver , prétendit qu'il avoit déjà sur elle les di'oits d'un époux, et qu'elle portoit dans son sein un fruit de son amour. Aristodème plongea un

couteau dans les entrailles de sa fille, les ouvrit, et prouva aux Messéniens qu'elle étpit digne de donner la victoire à la patrie.

Page 186. Et commence à descendre vers Pillané,etc.

Cette géographie est tout-a-fait différente de ce qu'elle étoit dans les premières éditions. Mon exactitude m avoit fait tomber dans une faute singulière. Je n'avois voulu faire parcourir à Démodocus que le chemin que Vavois moi-même suivi. Mais comme j'allai d'ahprd à Tripolizza , dans le vallon de Tégée , et que je revins ensuite à Sparte, je ne m'étois pas aperçu que Démodocus se détournoit d'une trentaine de lieues de sa véritable route. Le faire arriver à Sparte par le mont Thornax étoit une chose étrange : voilà ce que la critique n'a pas vu, quoiqu'elle ait doctement déda^vé que le tombeau d'Ovide étoit de l'autre côté du Danube. Quant aux monuments dont il est question dans la route actuelle de Démodocus, on peut consulter Pau^anias, fn Lacon.^ lib. III , cap. %x et xxi.

Page 187. La chaîne des montagnes du Taygète.

•Je suis, je crois, le premier auteur moderne qui ait donné la description de la Laconie d'après la vue même des lieux. Je reponds de la fidélité du tableau. Guillet, sous le nom de son frère La Guilletière, ne nous a laissé qu'un roman , et c'est ce que Spon a très-bien prouvé. Vernhum , compagnon de Wheler , avoit visité aparté , mais il n'en dit qu'un mot dans sa lettre impnmée

Sarmi les Mémoires de l'Académie royale de Londres. L Fauvel m'a dit avoir fait deiix ou trois fois le voyage de la Laconie, mais il n'a encore rien publié. M. Pouqueville , excellent pour tout ce qu'il a vu de ses yeux , paroît avoir eu sur Sparte des renseignements inexacts. Wheler, Spon et d'Anville avoieut averti que Sparte

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n'est point Misitra , et Ton s'est obstiné à voir Lacédémone dans cette dernière ville, d'après Guillet, Niger et Ortellius. Misitra est à deux lieues de FEurotas, ce

£ui trancheroit la question , si cela pou voit en faire une. es ruines de Sparte sont à Magoula, tout auprès du fleuve; d'AnviUe les a très-bien désignées sous le nom de Palaeochori, ou la vieille ville. Elles sont foi*t reconnoissables , et occupent une grande étendue de terrain. Ce qu'il y a d'incroyable , c'est que La Guilletière parle de Magoula sans se douter qu'il parle de Spai*te.

VI

Page 189. Dès le soir même, Cyrille commença les ins^ructioDs , etc.

Ce livre a peut-être quelque chose de grave qui con> traste avec la description plus brillante d'Athènes , et qui rappelle naturellement au lecteur la sévère Lacédémone. U m'a semblé qu'on verroit avec quelque plaisir le Chris- * tianisme naissant à Sparte, et la loi de J.-G. remplaçant les lois de Lycurgue.

vil*.

Page 192. Que peux-tu contre la Croix.

On voit par ce mot que ce Démon solitaire n'avoit point assiste à la délibération de l'Enfer.

VIII*

Page 196. Aux deux degrés d'Auditrice et* de Postulante.

Pour les différents degrés de catéchumènes, et pour les différents ordres du clergé, des veuves, des diaconesses, etc. (Voy. Fleury, Mœurs des Chrétiens.)

IX*

Page 197. C'est la fille de Tyndare, couronnée des fleurs du Platanîste , etc.

Ile et prairie où les filles de Spai*te cueillirent les

fleurs dont elles formèrent la couronne nuptiale d'Hélène. ( Voyez Théocritc. )

Page 198. Près du Lesché, et non loin des tombeaux des rois Agides.

« Dans le quartier de la ville appelé le Tfaéomelide , i» on trouve les tombeaux des rois Agides. Le Lesché » touche à ces tombeaux, et les Grotanes s'assemblent » au Lesché.» (Pausan , lib. m, cap. xiv. ) Les Gro-^ tanes formoient une des cohortes de l'infanterie lacédé monienne.

Il y a voit à Sparte un second Lesché , connu sous le nom de Pœcile, a cause des tableaux ou peintures qu'on y voyoit.

Les rois Agides étoient les descendants d'Agis, fils d'Eurysthène et neveu de Proclès , deux frères Jumeaux en qui commencent les deux familles qui régnoient ensemble à Sparte.

XI

Page 1 98. Éloignée du bruit et de la foule, etc.

Citer les autorités pour les Eglises et les cérémonies de l'Eglise pritoitive , ce seroit répéter mon texte. Il suffira que le lecteur sache que tout cela est une peinture fidèle. Il peut consulter Fleury, Mœurs des Chrétiens, et Histoire Ecclésiastique.

XII*

Page 198. Leurs tuniques entrouvertes, etc.

Le vêtement des femmes de Sparte étoit ouyert depuis le genou jusqu'à la ceinture. Lycurgue , en voulant forcer la nature, avoit fini par faire des Lacédémoniennes les femmes les plus impudiques de la Grèce.

Page 199. Aux fêtes de Bacchus ou d'Hyaciutlie.

Les fêtes d'Hyacinthe se célébroient à Amyclée avec

une grande pompe. Elles dui*oient trois jours : les deux premiers étoient consacrés aux pleurs , le troisième aux réjouissances.

XIV"

Page 199. La fourberie, la cruauté, la férocité maternelle, etc.

Le vol et la dissimulation étoient des vertus à Sparte. On apprenoit aux enfants à voler. On connoît la cryptie , on la chasse aux esclaves. On sait que les Lacédemoniennes s'applaudissoient de la mort de leurs enfants. Elles disoient à leurs fils partant pour la guerre, en leur montrant un bouclier : ri tov , n inï riv.

XV*

Page 199. Le Lecteur monta à TAmbon.

Le Lecteur étoit un diacre ou sous-diacre , qui faisoit une lecture. L'Ambon étoit une tribune.

XVI'

Page 200. Habitants de Lacédémone, il est temps que je vous rappelle Talliance qui vous unit avec Sion.

On peut voir tout ce passage dans le livre des Macchabées.

XVII*

Page 201 . Entre tous les peuples de Javan, etc.

Javan, dans l'Ecriture, est la Grèce proprement dite. Séthim est la Macédoine , et Ëlisa FÉlide ou le Pélopo-

nese.

XVIII*

Page 201 . Ah î qu'il seroit à craindre, etc.

« Timeo cervicem , ne margaritai*um et smaragdorum » laqueis occupata, locum spathse non det. » (TertuU. , de Cfultu femin. )

xix!.

Page 202. Pour un Chrétien, etc.

tt Auferamus carceris Domen , secessum Yocemus. Etsî » corpus includitur, etsi caro detinetur, omnia spiritui >» patent. Vagare spiritu , spatiare spiritu , et non stadia » opaca aut portions longas proponens tibi, sed îUam » viam quae ad Denm ducit. Quotiens eam spiritu deam- » bulaveris , totiens in carcere non eris. Nihil crus sentit » in nervo , cum animus in cœlo est. Totum homineiSa » animus circunifert, et quo velit transfert. » (Tertul. , » ad Martyras.)

XX'

Page 204. Les portes de leglise s'ouvrent, et l'on entend... une,voix , etc.

« Ceux à qui il ëtoit prescrit de faire pénitence pu- » blique, venoient le premier jour du carême se présen- » ter à la porte de l'église , en habits pauvres , sales et » déchirés.... Ëtant dans Téglise, ils recevoient de la » main du prélat des cendres sur la tcte, et des cilices » pour s'en couvrir j puis demeuroient prosternés , tan- » dis que le prélat , le clergé et tout le peuple faisoient » pour eux des prières à genoux. Le prélat leur fd.isoit » une exhortation, pour les avertir qu'il alloit les chasser » pour un temps de Téglise , comme Dieu chassa Adam » du Paradis pour son péché ; leur, donnant courage , et » les animant à travailler , dans l'espérance de la miséri- » corde de Dieu. Ensuite , il les mettoit en effet hors de » l'église , dont les portes étoient aussitôt fermées devant » eux. » (Fleury, Moeurs des Chrétiens. )

XXI

Page 205. Tel est le lis entre les épines , etc.

Ce chant est tiré du Cantique de Salomon. Le chant

Îaïen qui suit est imité de l'épithalame de Manlius et de unie, par Catulle. Ce ne sont point des objets de comparaison , ce sont des beautés d'un différent genre. Les images orientales prêtent facilement à la parodie; et Voltaire s'est égayé sur le Cantique des Cantiques. Il

suffit d'omettre quelques traits qui choquent notre goût, pour faire de cette élégie mystique ce qu'elle est, un chef-d'œuvre de passion et de poésie. Au reste , j'ai beaucoup abrégé les deux imitations dans la présente édition.

XXII*

Page 208. La tombe de Léonidas.

Les os de Léonidas furent rappoi*tés des Thermopyles quarante ans après le fameux combat, et enterrés au-dessous de l'amphithéâtre, derrière la citadelle, à Spaii:e. J'ai cherché long-temps cette tombe un Pausanias à la main. Il y a dans cet endroit six grands monuments aux trois quarts détruits. Je les interrogeois inutilement, pour leur demander les cendres du vainqueur des Perses. Un silence profond régnoit dans ce désert. La ten*e étoit cou> verte au loin des débris de Lacédémone. J'eiTois de ruine en ruine avec le janissaire qui m'accompagnoit. Nous étions les deux seuls hommes vivants au milieu de tant de morts illustres. Tous deux Barbares , étrangers l'un à l'autre autant qu'à la Grèce, sortis des forets de la Gaule et des rochers du Caucase , nous nous étions rencontrés au fond du Péloponèse , moi pour passer , lui pour vivTC sur des tombeaux qui nlétoient pas ceux de nos aïeux.

XXIII*

Page 212. Cymodocée, ditEudore,ne peut demeurer dans la Grèce , etc.

Ainsi la séparation des deux époux , et le voyage de Cyinodocée à Jérusalem , sont très-suffisamment et trèsnaturellement motivés. Cymodocée est presque Chrétienne et presque épouse d'Eudore ; les Chrétiens sont au moment d!^être jugés. A chaque livre, l'action fait un pas.

xxiv*".

Page 21 2. Comme un courrier rapide.

« Transierunt omuia illa tanquàm umbra et tanquam w nuncius percurrens. » (Sap. , cap. v, v. 9. )

Fm ©ES RBMARQtJES DU LIVRE QUATORZIÈME.

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