LIVRE VIII
» <lompterai les vierges rigides, et j'irai trou- » bler y jusque dans Leur désert , <:es anachorètes » qui pensent échapper à mes enchantements.
» L'Ange de la sagesse s'applaudit d'avoir enlevé » Hiéroclè& à notre ennemi ; mais Hiéroclès est » aussi fidèle à mon culte : déjà j'ai allumé dans ». son sein une flamme criminelle ; je saurai » maintenu* mon ouvrage , faire naître des riva- ». lités , bouleverser le monde en me jouant , et )> par les délices amener les hommes à parta- » ger vos douleurs. »
En achevant ces mots , Astarté se laisse tomber sur sa couche. Il veut sourire , mais le serpent qu'il porte caché sous sa ceinture le frappe sé- -crètement au cœur : le foible Démon pâlit , et les chefs expérimentés des bandes infernales devinèrent sa blessure.
Cependant les trois avis partageoient l'horrible sanhédrin. Satan impose silence à l'assemblée :
<( CcHiipagnons, vos conseils sont dignes de » vous ; mais au lieu de choisir entre des avis M égadement sages , suivons-les tous pour obtenir » un succès éclatant. Appelons encore à notre » aide l'idolâtrie et l'orgueil. Moi-même je ré- » veillerai la superstition dans le cœur de Dio- » détien y et l'ambition dans l'âme de Galérius. » Vous tous, dieux des nations, secondez mes
» efforts : allez, volez, excitez le zèle du peuple » et des prêtres. Remontez sur l'Olympe ^ faites » revivre les fables des poëtes. Que les bois de )) Dodone et de Daphné rendent de nouveaux » oracles ; que le monde soit partagé entre des » fanatiques et des athées ; que les doux poisons » de la volupté allument des passions féroces ; » et de tous ces maux réunis faisons naitre % contre les Chrétiens une épouvantable perse- » cution. »
Ainsi parle Lucifer : trois fois il frappe son trône de son sceptre; trois fois le creux de l'abîme renvoie un long mugissement. Le Chaos ^ unique et sombre voisin de l'Enfer, ressent le contre-coup , s*entr'ouvre et laisse passer au travers de son sein un foible rayon de lumière qui descend jusque dans la nuit des réprouvés. Jamais Satan n'avoit paru plus formidable depuis le jour où , renonçant à l'obéissance , il se déclara l'ennemi de l'EterneL Aussitôt les légions se lèvent , sortent du conseil , traversent la mer de larmes ,'la région des supplices , et volent vers la porte gardée par le Crime et la Mort. On voit passer la troupe immonde à la lueur des fournaises ardentes : comme, dans une grotte souterraine , voltigent à la lumière d'un flambeau ces oiseaux douteux dont un insecte impur semble avoir tissu les ailes.
Sous le vestibule du palais des Enfers, devant le lit de fer où repose l'Éteroilé des douleurs, est suspendue une lampe : là brute la flamme primitive de la colère céleste qui alluma les brasiers éternels. Satan prend une étincelle de ce feu. Il part : du premier bond il touche k la ceinture éloilée ; du second pas il arrive au séjour des hommes. Il porte l'étincelle fatale dans tous les temples , rallume les feux éteints sur les autels des idoles : aussitôt Pallas remue sa lance, Bacchus agite son thyrse, Apollon tend son arc, l'Amour secoue son flambeau , les vieux Pénates d'Énée prononcent des paroles mystérieuses, et les Dieux d'Ilioù prophétisent au Gapitole. Le Père du naensonge place un Esprit d'illusion à chaque simulacre des divinités païennes ; et , réglant les mouvements de ses invisibles cohortes, il fait agir de concert, contre l'Eglise de Jésus- Christ, l'armée entière des Démons.