‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 29 sur 182 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

SOMMAIRE

Ks^Hiim da récit d'Eodore. Eodore à la coar d^ Constance. Il passe dans Tîle des Bretons. Il obtient les honneurs da triomphe. Il revient dans les Gaules. Il est nommé commandant de TArmorique. Les Gaules. L'Armoriqne. Épisode de Yelléda.

ROP fidèle à ses promesses, le Démon des voluptés est descendu sous les lambris dorés qu'habite le disciple des faux sages. Il réveille dans son cœur une flamme assoupie ; il présente à ses désirs l'image de la fille d'Homère ; il le perce d'une flècbe trempée dans les eaux qui recouvrent les ruines fumantes de Gomorrhe. Si Hiéroclès avoit pu voir , en ce moment même , la prêtresse des Muses atteinte des traits d'un autre amour, s'il l'avoit pu voir les yeux attachés sur Eudore qui s'apprête à continuer le récit de ses aventures, quelle jalousie

n'eût poipt embrasé Vâme de rennemi des Chrétiens 1 Hélas, les ravages de cette jalousie ne sont suspendus que pour quelques jours! La famille de Lasthénès jouit avec ses hôtes des derniers moments de paix que le ciel lui laisse ici-bas. Rassemblés, comme la veille, au lever de l'au- Tore, Lasthénès, ses filles et son épouse, Cyrille, Démodocus et Cymodocée , sont assis à la porte du verger, et prêtent une oreille attentive au guerrier repentant, qui recommence à parler en ces mots :

« Je vous ai dit , seigneurs , que Zacharie m'avoit laissé sur la frontière des Gaules. Constance se trouvoit alors à Lutèce. Après plusieurs jours de fatigue , j'arrivai chez les Belges ^ de la Sequana. Le premier objet qui me frappa dans les marais dçs Parisii, ce fut une tour octogone, consacrée à huit dieux gaulois. Du côté du midi, à deux mille pas de Lutèce , et par delà le fleuve qui l'embrasse, on découvroitle tenuple d'Hésus; plus près , dans une prairie au bord du fleiive , ^'élevoit un second temple dédié à Isis; et vers le nord, sur une colline, on voyoit les ruines d'un troisième temple , jadis bâti en l'honneur de Teutatès. Cette colline étoit le Mont-de-Mars, OÙ Denis avoit reçu la palme du martyre. ,

^ Les kabitants de l'Ile-de-France.

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» £n approchant de la Séquana , j'aperçus à travers un rideau de saules et de noyers , ses eaux claires, transparentes, d'un goût excellent, et qui rarement croissent ou diminuent. Des jardins plantés de quelques figuiers qu'on avoit entourés de paille pour les préserver de la gelée, étoient le seul ornement de ses rives. J'eus quelque peine à découvrir le village que je cherchois, et qui porte le nom de Lutèce, c'est-àdire , la belle pierre ou la belle colonne. Un berger me le montra enfin au milieu de la Séquaiia, dans une île qui s'allonge en forme de vaisseau. Deux ponts de bois défendus par deux châteaux, où l'on paye le tribut à César, joignent ce misérable hameau aux deux rives opposées du fleuve.

» J'entrai dans la capitale des Parisii par le pont du septentrion , et je ne vis dans l'intérieur du village que des huttes de bois et de terre , recouvertes de paille et échauffées par des fourneaux. Je n'y remarquai qu'un seul monument : c'étoit un autel élevé à Jupiter par la compagnie des Nautes. Mais hors de l'ile , de l'autre côté du bras méridional de la Séquana , on voyoit , sur la colline Lucotitius , un aqueduc romain , un cirque , un amphithéâtre et le palais des Thermes habité par Constance.

)) Aussitôt que César eut appris que j'étois à la porte de son palais , il s'écria :

« Qu'on laisse entrer lami de mon fils ! »

» Je me jetai aux pieds du prince ; il nie releva avec douceur , m'honora de ses éloges devant sa cour, et, me prenant par la main, me fit passer avec lui dans la salle du conseil. Je lui racontai ce qui m'étoit arrivé chez les Francs. Constance parut charmé que ces peuples consentissent enfin à poser les armes , et il fit partir à l'heure même un centurion pour traiter de la paix avec eux. Je remarquai avec douleur que la pâleur et la foiblesse de Constance étoient augmentées.

» Je trouvai réuni$ dans le palais de ce prince les Fidèles les plus illustres de la Gaule et de l'Italie. Là brilloient Donatien et Rogatien , aimables frères ; Gervais et Protais , l'Oreste et le Pilade des Chrétiens ; Procula de Marseille , Just de Lugdunum ; enfin le fils du préfet des Gaules , Ambroise , modèle de science , de fermeté et de candeur. Ainsi que Xénophon , on racontoit qu'il avoit été nourri par des abeilles : FEglise attendoit en lui un orateur et un grand homme.

» J'avois un désir exiuréme d'apprendre de la bouche de Constance les changements survenus à la cour de DioclétieiGL depuis ma captivité. Il :me fit bientôt appeW dans les jardins du palais qui descendent en amphithéâtre sur la colline

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