LIVRE IX. 6i
Lucotitius y jusqu'à la prairie où s^élève le temple dlsis au bord de la Séquana.
Eudore, me dit -il, nous allons combattre Carrausius, et délivrer la Bretagne ^ de ce tyran, usurpateur de la pourpre impériale. Mais, avant de. partir pour cette province, il est bon que vous connoissiez Tétat des affaires à Rome , afin de régler votre conduite sur ce <pke je vais vous apprendre. Vous vous souvenez peut-être que lorsque vous vîntes me trouver dans les Gaules, Dioclétien alloit pacifier l'Egypte, et Galérius combattre les Perses. Ce dernier a obtenu la victoire : depuis ce moment, son orgueil et son ambition n ont plus connu de bornes. Il a épousé Valérie , fille de Dioclétien , et il manifeste ou^ vertement le désir de parvenir à FEmpire , en forçant son beau-père à abdiquer. Dioclétien qui commence à vieillir, et dont l'esprit est affoibli par une maladie , ne peut presque plus résister à un ingrat. Les créatures de Galérius triomphent. Hiéroclès, votre ennemi, jouit d'une haute faveur ; il a été nommé proconsul du Péloponèse, votre patrie. Mon fils est exposé à mille dangers. Galérius a cherché à le faire périr, en l'obligeant une fois à combattre un lion , une autre fois en le chargeant d'une entreprise dan-
^ L'Angleterre.
gereuse coutre les SarmateSd Enfin ^ Galérius fa-^ vorise Maxence , fils de Maximien y quoiqu au fond il ne l'aime pas, mais seulement parce qu'il voit en lui un rival de Constantin. Ainsi , Eudore , tout annonce que nous touchons à une ré'* volution. Mais tandis qu'il me reste un souffle de vie , je ne crains point la jalousie de Galérius. Que mon fils échappe à ses gardes , qu'il vienne retrouver «on père , on apprendra , si l'on ose m'attaquer , que l'amour des peuples est pour les princes un rempart inexpugnable, n
» Quelques jours après cet entretien, nous partîmes pour l'île des Bretons , que l'océan se-* pare du reste du monde. Les Pietés avoient attaqué la muraiUe d'Agricola immortalisé par Ta-^ cite.D'une autre part, Garrausius, afin de résister à Constance, avoit soulevé le reste des anciennes factions de Caractacus et de la reine Boudicée. Ainsi nous fûmes plongés à la fois dans les troubles des discordes civiles et dans les horreurs d'une guerre étrangère. Un peu de courage naturel au sang dont je sors , et une suite d'actions heureuses, me conduisirent de grade en grade jusqu'au rang de premier tribun de la légion britannique. Bientôt je fus créé maître de la cavalerie, et je commandois l'armée lorsque les Pietés furent vaincus sous les murs de Petuaria ^ ;
^ Beverley, dans le comte d'York , en Angleterre.