LIVRE VII
à tour mille projets. Tantôt je voulois attenter h mes jours, tantôt je songeois à la fuite. Mais comment fuir, foible et sans secours? Comment trouver un chemin à travers ces bois? Hélas!
j'avois une ressource contre mes maux, la religioû ; et c^étoit le* seul moyen de délivrance auquel je ne songeois pas ! Le jour me surprit au milieu de ces angoisses^ et j'entendis tout à coup «ne voix qui me cria :
« Esclave romain , lève-toi ! »
» On me donna une peau dé sanglier pour me couvrir , une corne de bœuf pour puiser de l'eau , un poisson sec pour ma nourriture, et je suivis les serfs qui me montroient le chemin.
» Lorsqu'ils furent arrivés à la forêt, ildcom^^ znencèrent à ramasser parmi la neige et les feuilles flétries les branches d*arbre brisées par les vents. Ils en formoient çà et là des monceaux qu'ils lioient avec des écorces. Ils me firent quelques signes pour m'engager à les imiter, et voyant que j'ignorois leur ouvragé^ ils se contentèrent de mettre sur mes épaules un paquet de rameaux desséchés. Mon front orgueilleux fiit forcé de s'humilier sous le joug de la servitude , mes pieds nus fouloient la neige, mes cheveux étoient hérissés par le givre ^ et la bise glaçoit les larmes dans mes yeux. J'appuyois mes pas chancelants sur une branche arrachée de mon
fardeau ; et , courbé comme un vieillard , je cheminois lentement entre les arbres de la forêt.
» J etois prêt à succomber à ma douleur , lorsque je vis tout à couj^ auprès de moi le vieil esclave, chargé d'un poids plus pesant que le mien , et me souriant de cet air paisible qui ne labandonnoit jamais. Je ne me pus défendre d'un mouvement de bonté.
» Quoi^ me dis-je en moi-même, cet homme accablé par les ans «sourit sous un fardeau triple du mien ; et moi , jeune et fort, je pleure !
— (c Eudore, me dit mon libérateur en m'abordant , ne trouvez-vous pas que le premier fardeau est 'bien lourd? Mon jeune compagnon, l'habitude et surtout la résignation rendront les autres plus légers. Voyez quel poids je suis venu à bout de porter k mon âge. »
— « Ah ! m'écriai-je, chargez-moi de ce poids qui fait plier vos genoux. Puissé-je expirer en vourf délivrant de vos peines ! »
— « Eh ! mon fils , repartit le vieillard , je n'ai point de peines. Pourquoi désirer la mort ?
Allons , je veux vous réconcilier avec la vie. Venez vous reposer à quelques pas d'ici; nous allumerons du feu, et nous causerons ensemble. »
• » Nous gravîmes des monticules irréguliers, formés, comme je le vis bientôt, par les débris d'un ouvrage romain. De rands chênes crois-