LIVRE VII
soient dans ce lieu , sur une autre génération de chênes tombés à leurs pieds. Lorsque nous fûmes arrivés au sommet des monticules , je découvris l'enkeinte d'un camp abandonné.
— u Voilà, me dit l'esclave, le bois de Teuteberg et le camp de Varus. La pyramiide de terre» que iK)us apercevez au miilieu, est la tombe où Gerinanicus fit renfermer les restes des légions massacrées. Mais elle a été rouverte par les Barbares ; les os des Romains ont été de nouveau semés sur la terre, comme l'attestent ces crânes blanchis, cloués aux troncs des arbres. Un peu plus loin vous pouvez remarquer les autels sur lesquels on égorgea les centurions des premières compagnies , et le tribunal de gazon d'où Arminius harangua les Gernp^ins. » ^
» A ces mots le vieillard Jeta sa ramée sur la neige. Il en tira quelqugs branches dont il fit un peu de feu , puis m'invitant à m'asseoir auj)rès de lui et à réchauffer mes mains glatées , il me raconta son histoire :
a Mon fils, vojgis plaindrez- vous, encore de » vosmalheurs? Oseriez-vous parler de vos peines » à la vue du camp dg Varus? Ou plutôt ne )) reconnoissez-vous pas quel est le sort de tous )) les hommes , et combien il est inutile de se » révolter contre des maux inséparables de la » condition humaine ? Je vous offre moi-même un
» exemple frappant de ce qu'une fausse sagesse » appelle les coups de la fwtune. Vous gémissez » de votre servitude i Et que dire&-vous donc , » quand vous verrez en moi un descendant de » Cassius, esclave, et esclave volontaire?
» Lorsque mes ancêtres furent bannis de Rome » pour avoir défendu la liberté, et qu'on nt>sa )» même ]^lus porter leurs images aux funérailles, » ma famille se réfugia dans le Christianisme , » asile de la véritable indépendance.
» Nourri des préceptes d'une loi divine, je » servis long-temps comme simple soldat dans. » la légion thébaine^ où je portois le nom de )» Zacharie. Cette légion chrétiennç ayant refusé » de sacrifier aux faux dieux , Maximien la fit M massacrer près d'Agaune dans les Alpes. On » vit alors un exepiple à jamais mémorable » de l'esprit de doucqpr de l'Évangile. Quatre » mille vétérans, blanchis dans le métier des » armes , pleins de force , et ayant à la main la » piquent l'épée, tendirent, comme des agneaux » paisibles Ja gorge aux bourreaux. La pensée de » se défendre ne se présenta pas même k leur » esprit : tant ils avoiéHt gravées au fond du » cœur les paroles de leur Maître , qui ordonne » d'obéir et défend de se venger ! Maurice qui » commandoit la légion tomba le premier. La )> plupart des soldats périrent par le fer. On