‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 31 sur 182 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

colotiie que lés Parisii des Gaules^ ont plantée au bord de l'Abus ^ J'attaquai Carrausius sur le Tbamésis ^ , fleuve couvert de roseaux , qui baigne le village marécageux de Londintim^ L'usurpateur avoit choisi ce champ de bataille , parce que les Bitîtons s'y croyoient invincibles : là s'élevoit une vieille tour , du haut de laquelle un barde atinonçoit, dans ses chants prophétiques, je ne sais quels tombeaux chrétiens qui dévoient illustrer ce lieu *, Carrausius fut vaincu , et ses soldats l'assassinèrent. Constance me laissa toute la gloire de ce succès. Il envoya à l'Empereur mes lettres couronnées de laurier. Il sollicita et obtint pour moi la statue et les honneurs qui ont remplacé le triomphe. Bientôt après nous repassâmes dans les Gaules, et César voulant me donner une nouvelle preuve de sa puissante amitié , me créa commandant des contrées armoricaines. Je me disposai à partir pour ces provinces où florissoit encore la religion dés Druides, et dont les rivages étoient souvent insultés par les flottes des Barbares du Nord.

» Quand les préparatifs de mon voyage furent achevés, Rogatien, Sébastien, Gervais, Protais et tous les Chrétiens du palais de César accou-^ rurent pour me dire adieu.

"* L'Humber. — ^La. Tamise .

^ Londres. — * Westminster.

(€ Nous nous retrouverons peut-être à Rome, s> sécrièrent-ikytt aumilieu des persécutioùis et des épreuves. Puisse un jour la religion nous réunii' à la mort comme de vieux amis et de dignes Ghrétieas ! »

» J employai plu^eurs mois à visiter les Gaules avant de me rendre à ma province. Jamais pays Boffiâra un pareil mélange de mœurs, de religions, de civilisation, de barbarie. Par^ tagé entrç les Grecs, les Romains et les Gaulois, entre les Chrétiens et les adorateurs de Jupiter et de Teutatès , il présente tous les contrastes.

M De longues voies romaines se déroulent à travers les foi*éts des Druides. Dans les colonies des vainqueurs, au milieu des bois sauvages,, vous apercevez les plus beaux monuments ,de l'architecture grecque et romaine : > des aqueducs à trois galeries suspendus sur des torrents , des amphithéâtres, des capitoles, des temples d'une élégance parfaite ; et non loin de ces colonies , vous trouvez les huttes arrondies des Gaulois , leurs forteresses de solives et de pierres, à la porte desquelles sont cloués des pieds de louves, des carcasses de hiboux, des o^ de morts. A Lugdunum, à Narbonne, à Marseille , à Burdigalie, la jeunesse gauloise s exerce avec succès dans lart de Démosthènes et de Cicéron; à quelques pas plus loin , dans la montagne , vous

Page 1