LIVRE IX
pierres , pour qu'il restât inaccessible à la faux et à la charrue. A lextrémité de cette arène s'élevoit une de ces roches isolées que les Gaulois appellent Dolmin , et qui marquent le tombeau de quelque guerrier. Un jour, le laboureur, au milieu de ses sillons, contemplera ces informes pyramides : eflfrayé de la grandeur du monument, il attribuera peut-être à des puissances invisibles et funestes ce qui ne sera que le té^ moignagé de la force et de la rudesse de ses aïeux.
» La nuit étoit descendue. La jeune fille s'ar* réta non loin de la pierre , frappa trois fois des mains, en proBonçant à haute voix ce mot mystérieux :
« Ax^gui-Fan-^neuf ! a
» A Finstant je vis briller dans la profondeur du bois mille lumières ; chaque chéné enfanta pour ainsi dire un Gaulois ; les Barbares sortirent en. foule de leurs retraites : les uns étoieht complètement armés; les autres portoient une branche de chêne dans la main droite, et un flambeau dans la gauche. A là faveur de mou déguisement, je me mêle à leur troupe : au premier désordre de rassemblée succèdent bientôt Fordre et le recueillacnent, et Fon comiiience une procession solennelle.
» Des Eubages marchoient à la tête , conduis
sant deux taureaux blancs qui dévoient servir de victimes ; les Bardes suivoient en chantant sur une espèce de guitare les louanges de Tentâtes ; après eux venoient les disciples ; ils étoient accompagnés d'un héraut d'armes vêtu de blanc , couvert d'un chapeau surmonté de deux ailes , et tenant.à sa main une branche de verveine entourée de deux serpents. Trois Senanis ^, représentant trois Druides , s'avançoient à la suite du héraut d'armes : l'un portoit un pain , l'autre un vase plein d'eau, le troisième une main d'ivoire. Enfin, la Druidesse (je reconnus alors sa profession ) venoit la dernière. Elle tenoit la place de l'Archi-Druide dont elle étoit descendue.
» On s'avança vers le chêne de trente ans où l'on avait découvert le gui sacré. On dressa au pied de l'arbre un autel de gazon. Les Senanis y brûlèrent un peu de pain , et y répandirent quelques gouttes d'un vin pur. Ensuite un Eubage vêtu de blanc monta sur le chêne , et coupa le gui avec la faucille d'or de la Druidesse; une saie blanche étendue so\is l'arbre reçut la plante bénite ; les autres Eubages frappèrent les victimes, et le gui, divisé en égales parties, fut distribué à l'assemblée.
» Cette cérémonie achevée, on retourna à la
^ Philosophes gaulois qui succédèrent aux Druides.