‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 37 sur 182 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

pierre du tombeau , on planta une épée nue pour indiquer le centre du M allus ou du conseil : au pied du Dolmin étoient appuyées deux autres pierres qui en soutenoient une troisième couchée horizontalement. La Druidesse monte k cette tribune. Les Gaulois debout et armés l'environnent , tandis que les Senanis et les Ëubages élèvent des flambeaux : les cœurs étoient secrètement attendris par cette scène qui leur rappeloit l'ancienne liberté. Quelques 'guerriers en cheveux blancs laissoient tomber de grosses larmes qui rouloient sur leurs . boucliers. Tous penchés en avant et appuyés sur leurs lances , ils sembloient déjà prêter loreille aux paroles de la Druidesse.

. » Elle promena quelque temps ses regards sur ces guerriers représentante d'un peuple qui le premier osa dire aux hommes ; « Malheur aux vaincus ! » Mot impie retombé maintenant sur sa tête! On lisoit sur le visage de la Druidesse l'émotion que lui causoit cet exemple des vicissitudes de la fortune. Elle sortit bientôt de ses réflexions, et prononça ce discours :

« Fidèles enfants de Teutatès , vous qui , au milieu de l'esclavage de votre patrie, avez conservé la religion et les lois de vos pères , je ne puis vous contempler ici sans verser des larmes ! Est-ce là le reste de cette nation qui donnoit

des lois au inonde ? Où sont ces Etats florissants de la Gaule, ce Conseil des Femmes auquel se soumit le grand Annibal ? Où sont ces Druides qui élevoient dans leurs collèges sacrés une nombreuse jeunesse ? Proscrits par les tyrans , à peine quelques*uns d'entre eux vivent inconnus dans des antres sauvages. Yelléda, une foible Druidesse, voilà donc tout ce qui vous reste aujourd'hui pour accomplir vos sacrifices ! île de Sayne , ile vénérable et sacrée ! je suis demeurée seule des neuf vierges qui desservoient votre sanctuaire ! Bientôt Tentâtes n'aura plu» ni prêtres ni autels. Mais pourquoi perdrionsnous l'espérance ? j'ai à vous annoncer les secours d'un allié puissant : auriez- vous besoin qu'on vous retraçât le tableau de vos souffrances pour vous faire courir aux armes ? Esclaves en naissant, à peine avez- vous passé le premier âge que des Romains vous enlèvent. Que devenez-vous? Je l'ignore. Parvenus à l'âge d'homme, vous allez mourir sur la fronftière pour la défense de vos tyrans , ou creuser le sillon qui les nourrit. Condamnés aux plus rudes travaux, vous abattez vgs forets, vous tracez avec des fatigues inouïes les routes qui introduisent l'esclavage jusque dans le cœur de votre pays : la servitude, roppressjk>n et la mort accourent sur ces chemins en poussant des cris d'allégresse ,

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