LIVRE VII
)» m'avoit attadié lesjmaina derrière le dos. Assis » parmi la foule des victimes, j'attendôis le coup » fatal ; mais je ne sais par quel dessein de la » Providence je fus oublié dans ce grand raas-^ » sacre. Les corps entassés autour de moi me » dérobèrent à la vue des centurions ; et Maxi- » mien , ayant accompli son œuvre , s'éloigna » avec l'armée.
» Vers la seconde veille de la nuit, n'enten- » dant plus que le bruit d'un torrent dans les n Aïontagnes, je levai la tête et je fus à l'instant n frappé d'un prodige. Les corps de mes com- » pagnons sembloient jeter une vive lumière , et )» répandre une agréable odeur. J'adorai le Dieu » des miracles qui n'avoit pas voulu accepter le I) sacrifice de mes jours ; et comme je ne pouvois » donner la sépulture à tant de Saints , je cber^ » chai du moins le grand Maurice. Je le trouvai » à demi recouvert de la neige tombée peitdant » la nuit. Animé d'une* force surnaturelle, je me » dégageai de mes liens, et avec le fer d'une » lance , je creusai à mon général une fosse pro* » fonde. J'y réunis le tronc et le chef de Maurice, » en priant le nouveau Macchabée d'obtenir bien- » tôt pour son soldat une place dans la Milice ce* » leste. Ensuite je quittai ce champ de triomphe » et de larmes ; je pris le chemin des Gaules , et je M me retirai vers Denis, premier évéque de Lutèce.
M Ce saint prélat me reçut avec des pleurs de 1^ joie , et m'admit au nombre de ses disciples. » Quand il me crut capable de le seconder )> dans son ministère , il m'imposa les mains, » et me créant prêtre de Jésus-Christ, il me 1» dit : « Humble Zacbarie, soyez charitable; » voilà toutes les instructions que j'ai à vous » donner. » Hélas ! j'étois toujours destiné à » perdre mes amis^ et toujours par la même » main ! Maximien fit trancher la tête à Denis » et à ses compagnons , Rustique et Eleuthdre. » Ce fut son dernier exploit dans les Gaules qu'il » céda bientôt après à Constance.
» J'avois sans cesse devant les yeux le pré- » cepte de mon saint évêque. Je me sentois » pressé du désir de rendre quelque service à des » misérables ; et j'allois souvent prier Denis de » m'obtenir cette faveur, par son intercession » auprès du Fils de Marie.
» Les Chrétiens - de Lutèce avoient enseveli » leur évêque dans une grotte, au pied de la » coUitie sur laquelle il avoit été décapité. Cette » colline s'appeloit le mont de Mars, et elle » étoit séparée de la Sequana par des marais. > Un jour, comme je traversois ces marais, je w vis venir à moi une femme chrétienne tout » éplorée , qui s'écria : « Zacharie ! je suis la » plus infortunée des femmes ! Mon époux a été
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» pris par les Francs ; il me laisse avec trois en- » fants en bas âge , et sans aucun moyen , de » les nourrir ! » Une rougeur subite couvrit Haon » front;, : je compris que Dieu m'envoyoit cette ^ grâce par les prières du généreux martyr que » j'allois implorer. Je cachai cependant ma joie , . » et je dis à cette femme : « Ayez bon courage , » Dieu aura pitié de vous. » Et, sans m arrêter, » je me mis en route pour la colonie d'A- ».grippina.
» Je connoissois le soldat prisonnier. Il étoit » chrétien , et j'avois été quelque temps son frère » d'armes. Cétoit un bonmie simple et craignant » Dieu pendant la prospérité , mais les revers le » décourageoient aisément, et il étoit à craindre » qu'il perdit la foi dans le malheur. J'appris » à Agrippina qu'il étoit tombé entre les mains » du chef des Saliens. Les Romains venoient de » conclure une ti^éve avec les Francs. Je passai » chez ces Barbares. Je me présentai à Phara- » mond, et m'offris en échange du Chrétien :
» je ne pou vois payer autrement sa rançon , car » je ne possédois rien au monde. Comme j'étois » fort et vigoureux , et que l'autre esclave étoit )» foible, ma proposition fut acceptée. J'y mis » pour seule condition que mon maître ren- » verroit son prisonnier , sans lui dire par quel » moyen il étoit racheté. Cela fut fait ainsi, et
D ce pauvre père de famille rentra pl^n de joie » dans ses foyers , pour nourrir ses enfiints , et » consoler son épouse.
)» Depuis ce temps , je suis demeuré esclave » ici. Dieu m'a bien récompensé : car, en habi^ n tant parmi ces peuples y j'ai eu le bonbeur d'y » semer la parole de Jésus-Christ. Je vais sur- » tout le long des fleuves réparer ^ autant qu'il » est en moi , le malbeur d'une expérience fu'* » neste : les Barbares, afin d'éprouver si leurs » enfants seront vaillants un jour , ont coutume » de les exposer aux flots sur un bouclier. Ils H ne conservent que ceux qui surnagent et lai»- » sent périr les auti*e&. Quand je puis réussir à » sauver des eaux ces petits anges y je les baptise » au nota du Père, du Fils et du Saint-Esprit , » pour leur ouvrir le ciel.
» Les lieux où se Mvrent les batailles m'of^ » frent Picore une abondante moisson. Je rôde , )> comnne un loup ravissant , dans les ténèbres , » au milieu du carnage et des morts. J'appelle » les mourants qui a'oient que je les Viens dé- >► pouiller ; je leur parle d'une meilleure vie ; je » tâche de les envoyer dans le repos d'Abraham. » S'ils ne sont pas^ mortellement blessés, je » m'emjH*esse de les secourir, espérant les ga- » gner par la charité au Dieu des pauvres -et dej* )> misérables.