‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 52 sur 182 · TOME XVIII · texte numérisé non relu

TOME XVIII

billoDs, poussés par le vent, s'élançoient contre le rocher, et nous couvroient d'écume et d'étincelles de feu. Des nuages voloient dans le ciel sur la face de la lune qui sembloit courir rapidement à travers ce chaos.

(( Ecoute bien ce que je vais t'apprendre, me dit Velléda. Sur cette côte demeurent des pêcheurs qui te sont inconnus. Lorsque la moitié de la nuit sera écoulée , ils entendront quelqu'un frapper à leurs portes, et les appeler à voix basse. Alors ils courront au rivage, sans connoître le pouvoir qui les entraîne. Ils y trouveront des bateaux vides, et pourtant ces bateaux seront si chargés des âmes des morts, qu'ils s'élèveront à peine au-dessus des flots. En moins d'une heure les* pêcheurs achèveront une navigation d'une journée, et conduiront les âmes à l'île des Bretons. Ils ne verront personne, ni pendant le trajet, ni pendant le débarquement; mais ils entendront une voix qui comptera les nouveaux passagers au gardien des âmes. S'il se trouve quelques femmes dans les barques , la voix déclarera le nom de leurs époux. Tu sais , cruel, si l'on pourra nommer le mien. »

» Je voulus combattre les superstitions de Velléda.

« Tais-toi, me dit-elle, comme si j'eusse été coupable d'impiété. Tu verras bientôt le tour-

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