‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 53 sur 182 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

billon de feu qui annonce le passage des âmes. N entends-tu pas déjà leuts cris ? »

» Velléda se tut ^ et prêta ^ une oreille attentive.

» Après quelques moments de silence, elle médit:

« Quand je ne serai plus, promets-moi de me donner des nouvelles de mon père. Lorsque quelqu'un sera mort , tu m'écriras des lettres que tu jetteras dans le bûcher funèbre ; elles me parviendront au Séjour des Souvenirs ; je les lirai avec délices, et nous causerons ainsi des deux côtés du tombeau. »

» Dans ce moment, une vague furieuse vient rojLilant contre le rocher qu'elle ébranle dans ses fondements. Un coup de vent déchire les nuages, et la lune laisse tomber un pâle rayon sur la surface des flots. Des bruits sinistres s'élèvent sur le rivage. Le triste oiseau des écueils , le lumb , fait entendre sa plainte semblable au cri de détresse d'un homme qui se noie : la sentinelle effi^ayée appelle aux armes. Velléda tressaille , étend les bras , s'écrie :

« On m'attend !»

» Et elle s'élançoit dans les flots. Je la retins par son voile....

» Cyrille ! comment continuer ce récit ? Je

rougis de honte et de confusion; mais je vous

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dois rentier aveu de mes fautes : je les soumets , sans en rien dérober , au saint tribunal de votre vieillesse. Hélas ! après mon naufrage , je me réfugie dans votre charité, comme dans un port de miséricorde!

» Épuisé par les combats que j'ayois soutenus tHmtre moi-même , je ne pus résister au dernier témoignage de l'amour de Yelléda» Tant de beauté , tant de passion , tant de désespoir motèrent à mon lour la raison : je fus vaincu.

« Non , dis-je , au milieu de la nuit et de la teniipête, je ne suis pas asses^ fort pour être Chrétien ! »

» Je tombe aux pieds de Yelléda!. . . . L'Enfer donne Iç signal de cet hymen funeste; les Esprits de ténèbres hurlent dans l'abîme; les chastes épouses des Patriarches détournent la tête , et mon Ange protecteur se voilant de ses ailes remonte vers les cieux !

H La fille de Ségenax consentit à vivré| ou plutôt elle n'eut pas la force de mourir. Elle restoit muette dans une sorte de stupeur qui étoit, à la fois un supplice a&eux et une ineffable volupté. L'amour, le rem,ordSy la honte, la crainte , et surtout l'étonnemeiit , agitoient le cœur de Velléda : elle ne pouvoit croire que je fusse ce même Eudore jusque-là si insensible ; elle ne savoit si elle n'étoit point abusée par

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