LIVRE X
O confusion ! O douleur ! de vénérable guerrier étoit Ségenax !
a Gaulois, s'écrie- 141, j'en atteste ces armes de ma jeunesse , que j'ai reprises au tronc d'Irminsul où je les avois consacrées^ voilà celui qui a déshonoré mes cheveux blancs. Un Eubage avoit suivi ma fille dont la raison est égarée : U a vu dans Tombre le crime du Romain. La vierge de Sayne a été outragée.
Vengez vos filles et vos épouses ; vengez les Gaulois et vos Dieux. »
» Il dit, et me lance un javelot d'une main impuissante. Le dard, sans force, vient tpmber à mes pieds ; je l'aurois béni s'il m'eût percé le cœur. Les Gaulois » poussant un cri, se précipitent sur moi ; mes soldats s'avancent pour me secourir. En vain je veux arrêter les combattants. Ce n'est plus un tumulte * passager ; c'est un véritable combat , dont les clameurs s'élèvent jusqu'au ciel. On eût cru que les divinités des Druides étoient sorties de leurs forêts , et que du faite de quelque bergerie elles animoient les Gaulois au carnagQ, tant ces laboureurs mon-, troient d'audace! Indiffiérent sur les coups qui menacent ma tête , je ne . songe qu'à sauver Ségenax ; mais tandis que je l'arrache apx mains des soldats, et que je cherche à lui faire un abri du tronc d'un chêne, une javeline lancée
dn milieu de la foule vient y aveo un aflBreux sifflement , s'enfoncer dans les entrailles du vieillard : il tombe sous Tarbre de ses aïeux , comme lantique Priam sous le laurier qui embrassoit ses autels domestiques.
» Dans ce moment, un char paroit à lestrémité de la plaine. Penchée sur les coursiers, une femme échevelée excite leur ardeur, et semble vouloir leur donner des ailes. Velléda n'avoit point trouvé son père. Elle avoit appris qu'il assembloit les Gaulois pour venger l'honneur de sa fille. La Druidesse voit qu'elle est trahie , et connoit toute l'étendue de sa fbute. Elle voie sur les traces du vieillard, arrive dans la plaine où se donnoit le combat fatal , pousse ses chevaux à travers les rangs , et me découvre gémissant sur son père étendu mort à mes pieds. Transportée de douleur, Velléda arrête ses coursiers, et s'écrie du haut de son char :
« Gaulois , suspendes vos coups. C'est moi qui ai causé vos m'aux, c'est moi qui ai tué mon père. Cessez d'exposer vos jours pour une fille criminelle. Le Romain est innocent. La vierge de Sayne n'a point été outragée : elle s'est livrée elle-même, elle a violé volontairement ses vœux. Puisse ma mort rendre la paix4i ma patrie! »
» Alors, arrachant de son fi^ont sa couronne de verveine , et prenant à sa ceinture sa faucille