‹ Œuvres complètes de M. le Vicomte de ChateaubriandChapitre 67 sur 182 · TOME XVIII · texte numérisé non relu

TOME XVIII

de la Thdi>aïde ; au nord , les plaines stériles où Pharaon poursuivit les Hébreux ; et à l'occident , par delà les sables où je m'étois égaré , la vallée féconde de Ji'Égypte.

» L'aurore , entrouvrant le ciel de TArabie Heureuse, éclaira quelque temps ce tableau. L'onagre, la gazelle et l'autruche couroient rapidement dans le désert, tandis que les chameaux d'une caravane passoient lentement à la file, menés par l'âne intelligent qui leur servoit de conduc teur. On voyoit fuir sur la mer Rouge des vaisseaux chargés de parfums et de soies , ou qui portoiént quelque Sage aux rives indiennes. Couronnant enfin de splendeur cette frontière de deux mondes , le soleil se leva ; il parut éclatant de lumière au sommet du Sinaï : foible et pourtant brillante image du Dieu que Moïse contempla sur la cime de ce mont sacré ! " .

» Le Solitaire prit la parole :

« Confesseur de la foi , jetez les yeux autour de vous. Voilà cet Orient d'où sont sorties toutes les religions et toutes les révolutions delà terre; voilà cette Egypte qui a donné des dieux élégants à votre Grèce, et ^^s dieux informes à l'Inde; voilà ce dé$ert de Sui' où Moïse reçut la Loi ; Jésus-Christ a paru dans c$s mêmes régions , et un jour viendra qu'un descendant d'Ismaël réta-*

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blirel Ferreur sotis k tente de FArâbe. La iaotùlè écrite est pareillemeùt Un frcrit de ce sol fécond. Or, remarqués que les peuples de TOrient, comme en punition de quelque grande rébellion tentée par leurs pères , ont presque toujours été soumis à des t3rrans : ainsi ( merveilleux contrepoids ! ) la moraple est née auprès de Teselavâge , et'la reUgioii nous est venue de l«r-contrée du niial-' heur. Enfin , ce» mêmes déserts ont vu marcher les armées de Sésostris , de Gambyse, d'Âlexàu'^ dre, de César. Siècles à venir, vous y ramènerez des armées non moins nombreuses, des guerriers non moins célèbres ! Tous les grands mouvements imprimés à l'espècchumaine sont partis d'ici , ou sont venus s'y perdre; Une énergie surnaturelle s'est conservée aux bords où le premierhomme a reçu la vie ; quelque chose de mys-* téHeux semble encore attaché au berceau de lu création et aux sources de la lumière.

» Sans nous arrêter à ces grandeurs humaines qui tour à tour ont trébuché dans la tombe, sans considérer ces siècles faineux qu'une pelletée de terre répare ^ et qu'un peu de poussière recoxtvre , c'est surtout pour les Chrétiens que l'Orient est le pay^r des merveilles.

,» Vous?avez» vu le Christianisme pénétrer, à l'aide de la nïovale, chez iès nations civilisées de l'Italie et de la^ Grèce; vous Tavez vu s'intro-

duire par la charité au milieu des peuples barbares de la Gaule et de la Germanie ; ici , sous rinfluence d une nature qui affoiblit Tàme en rendant l'esprit obstiné , chez un peuple grave par ses institutions politiques , et léger par son climat , la charité et la morale seroient insuffisantes^ La religion de Jésus-Christ ne peut entrer dans les temples d'Isis et d'Ammon que sous les voiles de la pénitence. Il faut qu'elle offire à la mollesse le spectacle de toutes les privations; il faut; qu'elle oppose aux fourberies des prêtres et aux mensonges des faux dieux , des miracles certains et de vrais oracles; des scènes extraordinaires de vertu peuvent seules arracher la foule enchantée aux jeux du cirque et du théâtre : tandis que d'une part les honimes commettent de grands crimes^ les grandes expiations sont nécessaires , afin que la renommée de ces dernières étouffe la célébrité des premiers.

» Voilà la raison de l'établissement de ces missionnaires qui commencent en moi , et qui se perpétueront dans ces solitudes. Admirez notre Divin Chef qui sait dresser sa milice selon les lieux et les obstacles qu elle a à combattre. Contemplez les deux religions qui vont lutter ici corps k corps, jusqu'à ee que l'une ait terrassé l'autre. L'antique culte d'Osiris qui se perd dans la nuit des temps , fier de ses traditions , de ses

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